Menu

EMOTIONS & CONSCIENCE ANIMALE

10 Oct 2023 | Comportement animalier | 0 commentaires

EMOTIONS & CONSCIENCE ANIMALE
Aujourd’hui j’aimerais aborder un sujet particulièrement complexe : les émotions chez nos animaux.
Mais d’abord qu’est-ce que les émotions ? Répondre à cette seule question est d’une difficulté sans nom !
On considère que les émotions sont une suite de réponses :
  • Des changements physiologiques (comme la dilatation de la pupille, les papillons dans le ventre, ce genre de choses)
  • Des changements comportementaux (éléments de langage corporels, l’intensité d’une vocalisation..)
  • Une expérience subjective de l’individu (aïe, c’est là que ça se corse car on a aucun moyen d’évaluer de façon fiable l’expérience subjective d’un animal, c’est d’ailleurs généralement là qu’on met nos étiquettes comme “il est jaloux, il est en colère, il est content”)
  • Et possiblement un 4e composant est arrivé mais est encore en débat (pas de consensus pour le moment) c’est ce qu’on appelle le cognitive appraisal – en français “l’évaluation cognitive”- c’est un peu… Tu sais la petite voix dans la tête qui évalue une situation et te pousse à agir dans un sens ou dans l’autre.
On sait que les émotions servent une fonction
Les animaux ont besoin de leurs émotions pour agir rapidement, c’est lié à la survie ! Agir rapidement, dans l’instant, sans même avoir eu le temps de disséquer l’information de l’environnement, que déjà on sent nos jambes nous porter pour fuir une situation est un processus évolutif lié à la survie de l’individu (et donc de l’espèce) donc c’est plutôt cool n’est-ce pas ?
On sait aujourd’hui que les animaux ont TOUS des émotions, en revanche on ne sait pas s’ils ont des sentiments (car les sentiments sont liés à l’expérience subjective de l’individu, tandis que les émotions sont évaluables en durée, temps de réponse, temps pour s’en remettre, temps pour revenir à son état “stable” initial etc)
On sait aussi qu’il y a des différences innées liées à la génétique (très bien évaluées chez l’humain et chez le chien aujourd’hui). On observe des réponses émotionnelles différentes dans le cerveau des individus pourtant soumis au même stimulus.
Et les émotions dépendent donc de ce que va percevoir l’animal de l’environnement (Notion de “Umwelt”), mais également comment les informations vont être traitées par le cerveau. La cognition n’est donc pas séparable des capacités sensorielles de l’individu. À partir de là, on peut aisément comprendre qu’il y a autant de façons de voir le monde qu’il y a d’êtres vivants sur cette planète. Que ce soit dans une même espèce ou dans des espèces différentes.
Minimiser leurs émotions ?
Au diable les “oui mais faut arrêter, un chien est un chien il ne faut faire d’anthropomorphisme”.
Et je dirais certes, mais d’un autre côté est-ce qu’en voulant tout dissocier on ne serait pas en train de passer à côté de l’essentiel ? Est-ce qu’on ne serait pas tout simplement incapable de reconnaitre la conscience car elle est différente de la nôtre ? Car nos outils de mesure sont basés sur ce qu’on en sait pour l’humain ?
Bien que ce soit extrêmement difficile à vulgariser et que la science continue encore à ce jour ses recherches sur le sujet, la conscience a été mise en évidence chez nos animaux également. Il y a plusieurs théories de conscience qui sont encore à l’étude aujourd’hui (ma préférée étant l’approche gradualiste, mais je ne rentrerai pas dans les détails ici).
Autrement dit, nos animaux sont capables de :
✅ Recevoir des informations des évènement internes et externes et de les intégrer ensemble (par exemple un chien est capable de faire correspondre un type de grognement à une taille de chien, est capable d’associer différentes vocalisations aux expressions faciales…)
✅ D’avoir conscience d’eux-même dans l’espace
✅ D’avoir conscience qu’ils existent à travers le temps
✅ De mettre de l’intention dans leurs actions (au delà du simple “comportement dirigé vers un but/ vers une conséquence”, ça implique une évaluation de la situation, une véritable “prise de décision” en fonction de nos choix et qui va changer en fonction des individus y compris à expérience égale)
“L’absence de néocortex ne semble pas empêcher un organisme de vivre des états affectifs. Des preuves convergentes indiquent que les animaux non-humains ont le substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états de conscience ainsi que la capacité de manifester des comportements intentionnels. Par conséquent, le poids de la preuve indique que les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui génèrent la conscience. Les animaux non humains, y compris tous les mammifères et les oiseaux, ainsi que de nombreuses autres créatures, y compris les poulpes, possèdent ces substrats neurologiques.”
Cambridge Declaration on Consciousness, 7 juillet 2012
Les émotions au quotidien
Maintenant qu’on a dit tout ça, pourquoi est-ce qu’on devrait TOUJOURS prendre en compte les émotions dans notre travail avec l’animal, qu’il soit purement éducatif (travailler du assis / couché), dans la vie de tous les jours ou encore dans le travail de réactivité, d’agressivité, d’anxiété (ou là ça nous semble tout de même plus évident, enfin j’espère).
Les émotions changent l’humeur d’un individu (plus il va être soumis à des émotions négatives plus il risque d’avoir une valence négative et d’être “pessimiste”, c’est à dire voir le verre à moitié vide et tout anticiper en partant du principe que ça va mal se passer. À contrario, plus il se passe des choses positives, plus sa valence sera positive, plus il sera optimiste sur ce qui risque de lui arriver.)
La conséquence c’est qu’une valence négative, entraîne moins d’exploration, plus de retrait, moins de motivation. Et que plus ça continue, moins l’individu explore, moins il y a de chances qu’il fasse de choses positives, et plus il risque d’avoir une valence négative. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Une durée courte d’exposition à des choses positives est associée à une augmentation de la dépression, des stress, une récupération après stress plus lente (mesure de l’amydale). (Je passe ici volontairement les différences génétiques entre individus, et je passe les éventuels traumas ou stress chronique).
Selon Ekman et Panksepp, il existe des émotions “universelles” qui sont partagées entre tous les humains et aussi les animaux (notamment mammifères ici, la liste exacte est encore en débat) et qui “vivent”/ “existent” dans une partie de notre cerveau. Selon Feldman-Barret en revanche les émotions sont plutôt une construction modelée par notre perception de la réalité.
À ce jour toutes ces théories sont valides (et pourquoi c’est le cas ? Parce qu’il y a aussi tout autant d’études contradictoires et pourtant bien valides, d’où le fait qu’on ait plusieurs théories !)
Mais dans tous les cas :
✴Les fortes émotions sont associées à des pertes de certaines informations (le cerveau ne process plus toutes les informations que l’ont reçoit et choisi ce qu’il traite). Les émotions outrepassent, bypassent la raison.
✴ Les émotions sont importantes pour la survie, normales et valides
✴ Les émotions ont une énorme influence sur les comportements
✴ Les émotions varient en valence et en intensité
✴ Les émotions influencent notre prise de décision dans un instant T
Voilà pourquoi il est difficile, si ce n’est impossible, de travailler avec un animal en proie à de fortes émotions. Voila pourquoi un animal qui a vécu des traumas sera particulièrement difficile à travailler. Le travail ne peut d’ailleurs pas avoir lieu tant que ces fortes émotions sont présentes. Revenir à un état émotionnel stable, bas, est une priorité quand on travaille avec un individu afin de l’aider, le faire progresser, et il en va même tout simplement de son bien-être.
“Nous ne cherchons pas à remettre en question la raison pour laquelle nous ressentons une émotion particulière, mais plutôt à la confirmer.” – Ekman
Remettre en question ce que ressentent nos animaux n’est pas pertinent, tout comme remettre en question ce qu’on ressent, ou ce que ressent notre voisin, ou nos enfants ne l’est pas. Ils le ressentent, donc ça existe, donc c’est valide, un point c’est tout !
Et si l’émotion n’est pas adaptée ?
Maintenant que se passe-t-il si l’émotion est appropriée à la situation ? Si notre oiseau est en stress, ce stress déclenche de la peur, cette peur déclenche des réactions physiologiques immédiates : pupille qui se dilate, vasodilatation, plumes collées au corps : il est prêt à fuir. Cette fuite va peut-être lui sauver la vie ou l’éloigner d’une menace potentielle. Parfait ! Les comportements liés à des émotions ont une raison d’exister et ne sont absolument pas mauvais en soit. Un perroquet qui cherche de l’attention et de la compagnie, une validation sociale, c’est normal. C’est vrai aussi pour nos chiens et toutes les espèces sociales. Un animal qui fait de la compétition vis à vis d’une ressource, c’est normal, qui cherche à jouer ou qui répond à ses phases hormonales aussi, etc.
En revanche, que se passe-t-il si l’émotion ressentie est disproportionnée par rapport à la situation ? Si on a un chien en proie à un stress chronique, à une phobie, ou à un trauma et qui émet des comportements tels qu’ils le mettent même en danger ? Un chien qui va chercher à sauter du 3e étage dès qu’il est laissé tout seul, un chien réactif qui va se jeter sur l’objet de sa phobie ou s’enfuir se prendre une voiture ou se perdre car son cerveau n’était plus connecté ? Un chien qui a de telles peurs qu’il se réfugie dans la destruction quitte à s’auto-mutiler ou manger des choses inappropriées ?
La réponse est simple : l’animal se met en danger, son bien-être est également compromis, dans ce cas nous avons des moyens de l’aider au maximum et ce par plusieurs leviers :
▶ Evaluer la situation : le déclencheur, les réponses observées, l’intensité, la durée…
▶ Connaître l’historique de l’individu (depuis combien de temps, à quel âge…).
▶ Mettre en place un management immédiat ( = ne pas l’exposer au dela de ce qu’il est capable de gérer).
▶ Mettre en place un plan d’action, pour l’aider à changer sa perception de ce déclencheur / situation / évènement et s’en sortir définitivement.
Faites appel à un professionnel spécialisé et formé pour vous aider !
L’influence de la santé
La santé est un facteur absolument déterminant chez nos animaux et bien souvent totalement mis de côté. Pourquoi j’en parle dans ce volet ? Tout simplement parce que santé et émotions / humeur, sont liés ! Vous avez déjà eu mal au crâne plusieurs jour ? Comment ça a influencé vos comportements ? Etiez vous plus irascible, plus fatigué ? Moins enclin à faire des taches complexes ? Plus en colère ou à fleur de peau ? C’est parfaitement normal !
Maintenant on va aller encore un peu plus loin : il y a une corrélation très forte entre dépression/anxiété, inflammation, problèmes digestifs et stress. Chacun de ces paramètres influant sur les autres.
Votre animal à des comportements étranges / agressifs qui sont arrivés d’un coup ? Ca peut être le signe d’un problème pathologique non détecté parlez en en premier lieu à votre vétérinaire, toutes les douleurs ne sont pas visibles !
Un mot sur la punition
Tout à l’heure je parlais de valence positive / négative et de pessimisme chez l’animal. Les “mauvaises conséquences” (comme la punition, ou la coercition) entrainent une anticipation des choses mauvaises qui risquent d’arriver à l’animal. Outre le fait qu’il a été prouvé que l’animal risquait plus facilement les états de dépression, d’abattement, de résignation, de tentative de s’échapper, ou tout simplement d’agressivité, ça va au delà de ça dans la mesure où ça change la perception de son monde ENTIER. Il va s’attendre à des choses négatives, il va anticiper. Ça va changer sa prise de décision vis à vis d’une situation. Il va par exemple peut-être moins choisir ce qu’il préfère, de peur des conséquences néfastes, il ne va plus réussir à reculer ou à s’éloigner si quelque chose ne lui plait pas. Sa vie entière peut-être modelée car ces évènements vont changer les décisions qu’il aurait prises autrement.
Est-ce que vous mesurez l’impact de nos actions ?
Emotions & Cognition
Et en parlant de punition a répétition, si on a souvent l’habitude de vouloir éteindre un comportement afin que celui ci cesse c’est avant tout pour notre confort personnel. Mais le comportement est une communication. Vouloir l’éteindre c’est prendre le risque de devenir totalement aveugle et sourd aux signaux de notre animal. A force de punition le risque est de créer plus de stress ou de retirer des stratégies d’actions à notre animal. Vous ne voyez pas le problème ? Un animal qui a moins de stratégies d’action, ou qui ne cherche plus à éviter une situation car il sait que rien ne fonctionne (comme l’impuissance apprise) diminue les capacités cognitives de celui-ci. Moins il a de capacités cognitives, et moins il sera résilient face aux évènement qu’il va vivre.
Donner plus de choix à notre animal c’est augmenter son bien-être et c’est s’assurer de toujours lui offrir une porte de sortie qui permettra de toujours répondre à ses émotions. Ces décisions seront basées sur ses émotions, sur son historique de vie, sur son humeur, sur ses motivations du moment, sur ses douleurs / sa santé, sur ses besoins, sa personnalité, sur sa génétique, sur l’environnement… Et vous donneront également des informations.
Mais offrir le choix, le vrai, n’est pas toujours simple il ne suffit pas toujours de l’offrir dans l’environnement et d’attendre que l’animal prenne la décision tout seul. Nos animaux, tout comme nous, peuvent prendre des décisions qui ne sont pas appropriées à leurs besoins ou à leur bien-être, tout simplement car il y a énormément de variables. Parfois c’est aussi simplement un défaut d’apprentissage : si je suis un enfant et qu’on me met devant un hélicoptère ou une trottinette et qu’on me demande de choisir celui que je veux piloter, je vais choisir la trottinette, car je ne sais pas comment faire pour l’autre. Était ce un vrai choix dans ce cas ?
Analyser nos animaux, décortiquer les situations et leur donner cette capacité c’est non seulement augmenter leur bien-être général, mais aussi et surtout cet outil peut-être utilisé comme support dans la prise en charge d’un chien anxieux, stressé ou réactif. On gère toujours un animal dans sa globalité et pas seulement à travers une loupe sur le problème qu’on souhaite régler. Faites vous aider par un professionnel en cas de besoin.
Implications
Sachant tout ça, est-ce qu’à ce jour vous pensez que notre façon de traiter nos animaux est adaptée ? Est-ce que ça change des choses en terme d’éthique ?
Sources et références :
Somerville and McLaughlin, 2018; Davidson, 1998, 2018; Bowman and Fox, 2018; Friston et al. 2018; Lang and Bradley, 2018; Kujala, 2017; Berns, 2022; Pennarz et al. 2019; Gilam et al. 2020; Salomons, 2018; Cowen et al. 2019; Mills et al. 2020; Birch et al. 2020; Mendl et al. 2020; Evans et al. 2019; Keller et al. 2020
Affective Neuroscience, Jaak Panksepp 2004
J’espère que cet article vous à plu, j’ai passé beaucoup de temps à l’écrire afin de rendre concis et digestible énormément de notions en peu de temps !
Article extrait de ma newsletter hebdo : https://animaletherapie.com/newsletter/
Marion | Consultante en comportement multi-certifiée
Certified Dog Behaviour Consultant
Certified Professional Bird Trainer
Certified Separation Anxiety Trainer
Elite Fear Free Certified Professional

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

marion nicolas consultante en comportement animal animale thérapie copie

Marion Nicolas

Comportementaliste animale passionnée, je vous aide à établir un véritable connexion et installer une relation saine et sereine avec votre animal.

Tout ce qu'on ne dit pas en public est dans la Newsletter !

Conseils, astuces, infos exclusives, formations en avant-première, ainsi que nos réflexions et une bonne dose d'humour et de transparence.

Rejoins nous !

email newsletter enveloppe
Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée.