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Bien-être animal

29 Mar 2022 | Comportement animalier | 0 commentaires

Perroquet ara

J’ai beaucoup de personnes en consultation qui m’indiquent qu’on leur a conseillé de prendre un copain à leur animal afin de régler les problèmes du premier.
C’est particulièrement vrai dans le cas des chiens qui « s’ennuieraient » tout seul à la maison (l’anxiété de séparation et les troubles de comportement qui en découlent ne sont PAS liés à l’ennui…), mais aussi pour les NAC et particulièrement les perroquets et les lapins.

Outre le fait qu’on occulte totalement la fonction du comportement en lui-même (le fameux « pourquoi? »), et qu’on conseille à l’aveugle, comme si la clef était dans une solution miracle, ce type de conseil donné à la volée peut être particulièrement destructeur.

Chaque espèce a des besoins qui lui sont propres. En se basant sur des études en éthologies des comportements de l’espèce dans son milieu naturel, il est assez aisé de savoir ce qu’il y a de mieux pour son animal afin d’espérer s’approcher le plus possible de l’idéal à atteindre en captivité.

Gris du gabon

Mais voila, nous ne sommes pas dans la nature, et beaucoup de nos animaux, notamment NAC hautement sociaux : perroquets et lapins, ont bien souvent subit de longues années de captivités inadaptées à leurs besoins fondamentaux. Alors, si je suis la première à crier que oui, votre lapin a obligatoirement besoin d’un congénère, que votre perroquet aussi et ce afin de satisfaire à ses besoins absolument primaire, ne pas créer de privation sociale (CF l’article à ce sujet que j’avais déjà réalisé), c’est en revanche totalement différent pour un animal qui aurait subit pendant de longues années une solitude (j’entends par solitude : celle de congénères. L’humain ici ne compte pas). Proposer un congénère sans longue réhabilitation, ni réadaptation risque même d’être particulièrement destructeur.

▶️ Savez-vous ce qu’est le flooding ? C’est immerger un animal dans un environnement inconnu/anxiogène/qui fait peur. J’entends environnement, au sens large, tout ce qui entoure l’individu, y compris l’apparition d’autres êtres vivants dans cet environnement. C’est précisément ce qu’on risque de faire avec ce type de conseils.

Imaginez qu’on vous enferme pendant 30 ans, de vos 5 ans à vos 35 ans. Vous ne connaissez rien d’autre que la routine de votre prison. Vous connaissez parfaitement les codes sociaux qui s’y déroulent, il n’y a pas ou peu de technologies. Le repas est distribué à heure fixe. L’eau arrive toujours du même endroit. Vous savez où dormir. Vous avez vos habitudes. Ce n’est pas parfait loin de la mais… à force, vous vous habituez. Malheureusement d’ailleurs.

Maintenant imaginez qu’on vous sorte brusquement de là, en vous clamant que la liberté, c’est mieux pour vous. Et qu’on vous jette dans un monde bruyant, vous n’avez jamais appris à conduire, à gérer vos comptes, vous ne connaissez rien à la politique, aux enjeux de la vie, au fait de trouver un travail, de gérer votre argent, de vous déplacer en ville. Vous ne savez pas vous orienter dans un métro. Les gens à qui vous voudriez parler semblent pressés et vous ignorent. Vous ne savez pas comment utiliser un portable. Les réseaux sociaux ? Inconnu. Les amis ? Vous ne connaissez pas ce concept. Même si vous sentez que vous avez envie d’aller voir les autres. Ils vous font peur. Ils ne comprennent pas votre détresse. Vous êtes en décalage. Vous êtes seul. Vous ne comprenez rien. Vous ne savez pas ce que vous faites de mal. Et ne comprenez pas ce qu’il faut faire de bien. Vous regretteriez presque votre vie paisible et routinière d’avant.

Alors quand on s’intéresse au bien-être animal on a tendance à s’arrêter à satisfaire aux besoins connus et physiologiques de celui-ci.
Il a vécut dans une mini cage ? Offrez lui la liberté !
Mais s’il ne sait plus voler, non pas parce qu’il ne peut physiologiquement pas, mais parce qu’il est en état d’impuissance apprise à force d’avoir vécut en cage ?

Il a vécut tout seul et a pleins de troubles ? Offrez-lui un congénère, il trouvera bien un congénère pour l’épanouir.
Mais s’il ne sait pas comment communiquer de façon saine avec ce congénère ? Et si ça lui faisait peur ?

Parce que oui, le bien-être animal, ce n’est pas juste des cases à cocher pour satisfaire aux besoins éthologiques sur le papier. Le bien-être animal c’est avant tout la perception que celui-ci se fait des événements qui lui arrivent. Cette notion de psychologie qui a tendance à être largement oubliée.

Donc si cet animal qui n’a absolument pas eu le temps d’apprendre, est jeté « au milieu des autres » sans réhabilitation, sans désensibilisation, sans apprentissages différentiels, il risque simplement de cumuler les mauvaises expériences et de finir, au mieux prostré, au pire réactif et d’empirer les problématiques déjà présentes.

Arracher un animal à son milieu pour le mettre dans un autre qui parait mieux (selon nos yeux, pas celui de l’individu en question) sans étude de cas (au cas par cas), ni réhabilitation, ce n’est pas un sauvetage.

Lori couple

✅ Le bien-être animal est infiniment complexe et ne se résume certainement pas à cocher des cases sur un papier. Une étude de cas est absolument nécessaire et vitale car chaque animal aura son propre vécu et ressenti sur une même situation. L’idéal à atteindre est connu : celui de se rapprocher au plus possible des comportements que l’on peut observer dans la nature, mais le chemin pour y parvenir est à forger avec les bagages de l’individu.

Rappelez-vous que nous ne sommes pas dans la nature, que les comportements observables s’en retrouvent donc nécessairement biaisés, et que permettre le bien-être d’un individu qui a souffert d’une captivité inadaptée passera nécessairement par une réelle thérapie et réhabilitation avant de pouvoir espérer atteindre cet idéal.

La résilience n’a de limite que celle qu’on lui offre.

©️Marion Nicolas, FFCP
Consultante en Comportement Animal

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Marion Nicolas

Comportementaliste animale passionnée, je vous aide à établir un véritable connexion et installer une relation saine et sereine avec votre animal.

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