Menu

Épisode 7 – Adopter en refuge, Valentine nous éclaire

5 Oct 2023 | Podcast | 0 commentaires

couverture podcast animals talk

Bonjour et bienvenue dans l’épisode 7 du podcast Animale Therapie, le podcast du comportement animal. Aujourd’hui, on va parler de l’adoption de chiens de refuge ou d’associations. Et comme vous le savez, c’est une thématique qui m’est chère puisque j’ai fondé et je tiens une association de protection animale sur la région toulousaine depuis 2016 et que j’ai vu passer des milliers d’animaux de tout horizon. Aujourd’hui, j’aimerais vraiment qu’on fasse le point sur cette thématique. Pour en parler, je ne serai pas si toute seule parce que j’ai une super guest qui vient échanger et parler avec nous de son expérience et il s’agit de Valentine. Coucou Valentine !

Valentine

Bonjour ! Merci beaucoup de me recevoir.

Marion

Je suis vraiment super heureuse de t’accueillir parmi nous aujourd’hui. On a passé une certification ensemble, la certification CSAT, de spécialisation en anxiété de séparation. D’ailleurs, c’est là qu’on s’est connus et que j’ai découvert ton travail fabuleux avec les chiens de refuge.

Est-ce que tu peux te présenter un petit peu avec ton expérience, ton background, tout ça.

Valentine

Bien sûr. Moi, je suis Valentine. J’ai fondé Le Monde de Maikan en 2018 et j’accompagne des particuliers dans tout ce qui est modification comportementale pour leurs chiens. Je travaille également en refuge. Je suis prestataire externe dans une SPA dans le Sud de la France, à Vallerargues, depuis un peu plus de deux ans maintenant. Mes missions dans ce refuge vont être d’accompagner les équipes dans la gestion des chiens les plus difficiles, mais aussi le fait de mettre en place pas mal d’aménagements, d’activités, etc, qui vont viser à améliorer le bien-être des chiens, limiter les comportements indésirables qu’on peut voir souvent augmenter en refuge, augmenter la sécurité des individus humains et les autres animaux au sein du refuge et à terme, finalement, favoriser les adoptions. Moi, je suis certifiée Elite Fear Free. C’est une certification qui vise à aller limiter la peur, l’anxiété et le stress auprès des animaux que j’accompagne, donc principalement des chiens. Et je suis également Fear Free Shelter. C’est le même principe, mais spécialisé dans tout ce qui est accompagnement des chiens de refuge. Et je suis depuis quelques mois aussi CSAT, entraîneuse certifiée pour les troubles de l’anxiété de séparation.

Marion

Merci pour ta présentation, c’est vraiment trop cool. Cette certification Fear Free d’ailleurs, qui commence à arriver un petit peu en France. On commence à avoir de plus en plus de professionnels qui s’engagent pour le bien-être des chiens et de tous les animaux d’ailleurs, pour éviter justement qu’ils expriment des peurs, des anxiétés autant que possible, en tout cas avec les moyens qu’on a dans les conditions dans lesquelles on va travailler et accompagner ces chiens-là ainsi que leurs humains. Maintenant, on va rentrer dans le vif du sujet. En quoi est-ce qu’adopter un chien de refuge, c’est différent d’adopter un chien ailleurs, en élevage, sur leboncoin ou n’importe où, finalement ? En quoi est-ce que l’adoption est un acte presque militant, finalement ? Qu’est-ce que ça va changer pour la personne ?

Valentine

Adopter un chien en refuge, c’est se confronter un petit peu à l’adoption d’un chien dont on ne connaît pas grand-chose. Contrairement à un élevage ou effectivement sur leboncoin ou chez le voisin parfois, quand on va récupérer un chien, c’est assez souvent des chiots. Là, dans les refuges, il y a des chiens de tout âge et vraiment de tout profil, autant des chiots que ce que j’appelle les grands chiots entre 6 et 10 mois, que des chiens adultes et des chiens vieillissants. Ce sont des chiens qui sont arrivés en refuge soit après un abandon, donc des chiens qui ont vécu en famille et qui vont être déposés en refuge pour tout un tas de raisons différentes, soit des chiens qui vont être sortis de fourrières, donc des chiens qui ont été trouvés errants sur la voie publique, qui ont été récupérés par la fourrière et transférés en refuge, soit des chiens qui sortent de réquisition, c’est-à-dire qui ont été sortis de leur foyer pour maltraitance. Ce sont souvent des chiens pour lesquels on a très peu d’infos. S’il y a eu une famille, si c’est un abandon, on peut avoir un petit peu des informations, en tout cas les équipes. Moi, j’interviens assez peu dans ce processus-là, mais les équipes des refuges peuvent avoir des informations sur le profil des chiens, les comportements qu’il a émis, les expériences qu’il a vécues, mais ça reste assez vague. Par contre, si c’est fourrière ou réquisition, très souvent, on n’a pas d’information et les équipes découvrent les chiens au fur et à mesure de leur séjour au refuge, quand ils vont aller les nourrir, les sortir, s’en occuper, etc. Donc, on va dire qu’il y a beaucoup de blancs dans le CV d’un chien de refuge. Et ça, ça peut être un petit peu déstabilisant parce qu’on peut se dire qu’on ne connaît pas très bien le chien, on ne sait pas trop ce qu’il a pu vivre. Et c’est vrai qu’en plus de ça, les conditions de détention en refuge peuvent être très difficiles pour le chien. Ils n’ont pas forcément la possibilité d’assouvir tous leurs besoins. Ils sont exposés à de nombreux stimuli, parfois très anxiogènes pour eux. Donc, c’est vrai qu’on peut observer des comportements indésirables qui surviennent, des peurs, effectivement, du stress, etc. C’est tout ce à quoi l’humain qui va aller chercher un chien en refuge s’expose.

Malgré tout, je pense que c’est vraiment une action louable de sortir un chien de là, parce qu’on le sait aujourd’hui, les refuges sont clairement saturés, particulièrement à cette période-là où on sort de l’été et on sait que souvent l’été, les abandons font une explosion, malheureusement. Donc c’est vraiment offrir une seconde chance à tous ces chiens-là qui ont pu être abîmés physiquement, mentalement, émotionnellement aussi. Je pense qu’il faut vraiment se poser la question de ce qu’on veut déjà, de ce pourquoi on va adopter un chien, que ce soit en refuge ou ailleurs, mais vraiment penser qu’en refuge, il y a vraiment beaucoup de chiens qui attendent leurs familles, qui sont dans une situation qui peut être difficile et à qui on peut vraiment offrir une nouvelle vie en répondant à tous ses besoins, une seconde chance de pouvoir enfin s’épanouir dans un foyer qui lui convient et avoir un super loulou.

Marion

Tout ce que tu me dis, ça me fait penser, justement à quand on récupère des animaux. On a ici la ACTP-SPA qui récupère parfois des loulous et qui n’a pas nécessairement la place de les garder. Et donc, ils font appel à d’autres associations pour récupérer ou pour prendre en charge des loulous avec spécificités. Parce qu’ils ne peuvent pas, parce qu’ils n’ont pas la place ou parce qu’ils n’ont pas les moyens techniques de gérer le suivi de tel ou tel animal ou de tel ou tel type de pathologie. Par exemple, souvent, on fait appel à nous, par exemple, pour les chiens sourds, pour les chatons qui ne sont pas encore sevrés. Ils savent très bien que rentrant en fourrière, ils n’ont pas forcément le nombre de bénévoles nécessaire. Voilà, globalement, pour la petite anecdote. Et effectivement, du coup, ça laisse complètement des blancs pour ces animaux-là. On ne sait pas d’où ils viennent. Ils sont parfois déposés devant le portail parce que bien sûr, souvent, la démarche d’abandon peut aussi en passer par là, malheureusement. Du coup, ça donne des animaux dont on ne sait pas d’où ils viennent, on ne sait pas dans quelles conditions ils ont été abandonnés, pourquoi. Mais par contre, ce que j’ai remarqué et tu me diras si c’est vrai aussi de ton côté, c’est que même si on n’a pas nécessairement l’historique de l’animal, on peut relativement facilement voir quels ont été les conséquences de ses apprentissages. On peut avoir assez facilement des informations sur : quel est son rapport aux autres chiens, par exemple. Quel est son rapport à l’humain, à la main humaine aussi ? Comment est-ce qu’il envisage les déplacements dans son environnement ? Est-ce qu’il explore ? Est-ce qu’il est complètement terré dans un coin et il attend que ça passe ? Qu’est-ce qui va se passer finalement ? Et quelles vont être les conséquences de ces apprentissages ? Est-ce que tu as remarqué ce genre de choses-là et est-ce que ça aide aussi à orienter, même si on ne connaît pas, parce qu’on n’aura jamais de preuve sur ce qui s’est passé dans la vie du chien, ça aide quand même à évaluer le chien un petit peu.

Valentine

Absolument, c’est très intéressant ce que tu dis, effectivement. Moi, je dis souvent que ce soit aux adoptants, à mes clients même, au quotidien et aux équipes des refuges avec lesquelles je collabore, ce n’est pas parce qu’on va connaître la cause exacte de ce comportement-là, par exemple, un chien qui a peur, on ne saura peut-être jamais pourquoi est-ce qu’il a peur, mais ça n’empêche en rien de mettre des choses en place pour que ça aille mieux, pour qu’il vive mieux cette situation. Effectivement, il y a déjà toute l’observation, comme je le disais, des agents animaliers qui s’occupent des chiens tous les jours, qui va être super importante parce qu’eux vont être au contact direct et quotidien du chien. Ils vont pouvoir observer, effectivement, quels sont ses comportements quand il s’approche, quels sont ses comportements vis-à-vis des chiens, vis-à-vis de la nourriture, etc. Et donc moi, en fait, je ne suis pas salarié de la SPA, je suis prestataire externe, donc j’interviens chaque semaine. Et à chaque fois, peu importe le chien, je vais effectivement d’abord avoir une grande observation vis-à-vis de ses comportements.

Comment est-ce qu’il va se comporter quand j’approche de son box ? Est-ce qu’il mange ? Est-ce qu’il ne mange pas ? Est-ce qu’il réagit fort ? Est-ce qu’il y a un petit peu de réactivité, de peur ? Et je vais adapter mes propres comportements à ça, mon plan futur d’entraînement à tout ça et je vais essayer, en me basant effectivement sur ce que j’observe aujourd’hui, parce que tout ce qui s’est passé hier et les mois précédents, finalement, on fait un peu un reset et on va vraiment se baser sur *aujourd’hui*, qu’est-ce que je vois et comment est-ce que je peux m’adapter au mieux à ça ? Et ça va vraiment me servir de base de données comportementales pour créer des plans d’entraînement les plus adaptés pour ce chien-là, qui vont lui permettre de retrouver une certaine sérénité s’il y a des peurs ou des stress, etc, ou modifier certains comportements qui peuvent être dérangeants au sein du refuge et surtout aussi, transmettre tout ça aux équipes pour qu’il y ait une vraie continuité, qu’on puisse vraiment collaborer. Le travail ne se fasse pas que les journées où je suis là, mais que les personnes puissent le continuer presque au quotidien de manière le plus facile et fluide possible, pour qu’il y ait une vraie évolution sur le long terme pour le chien.

Marion

D’ailleurs, ce que tu dis là, ça fait énormément écho dans la mesure où… Je ne sais pas si tu te rappelles quand on ait fait cette certification CSAT, il y avait une chose qui m’avait particulièrement marquée, c’était le fait qu’on ne peut pas anticiper comment va évoluer un chien. Là, en l’occurrence, on parlait d’anxiété de séparation, mais on peut imaginer que c’est la même chose à partir du moment où on change le chien d’environnement, puisqu’il va passer d’un environnement refuge à un environnement famille. Et même avec toute la meilleure volonté du monde, on ne peut pas anticiper chacun des comportements avec le changement d’environnement. Et ça, c’est quelque chose qui est parfois difficile, autant dans l’évaluation du chien quand il arrive en refuge, puisque du coup, on aura les données que sur la base de ce qu’on a pu constater en refuge. Ce n’est pas forcément, comme j’entends parfois, de la mauvaise volonté de la part des agents animaliers ou de la part des bénévoles qui s’occupent de l’animal. C’est tout simplement parce que parfois, les comportements vont changer en fonction du contexte dans lequel va être exposé le chien. Ça, c’est quelque chose que je vois assez régulièrement.

C’est vraiment quelque chose qui m’avait marquée dans la formation, dans la certification CSAT, c’est qu’on ne peut pas envisager de pouvoir évaluer comment va évoluer une anxiété de séparation chez un chien en sortant d’un refuge et en venant d’être adopté. Est-ce que toi, tu as remarqué ce genre de choses-là aussi sur d’autres types de « problématiques » chez ces chiens-là ? Qu’est-ce que toi, tu en penses ?

Valentine

Effectivement, on peut pas du tout anticiper comment va évoluer le chien, comment vont évoluer ses comportements, etc. Donc, ce qu’on peut dire aux adoptants, c’est vraiment ce que nous, on a observé. Mais de plus en plus, et moi, quand je rencontre les adoptants, j’appuie beaucoup sur ce point-là, et je sais que maintenant, les équipes en parlent aussi beaucoup, c’est qu’effectivement, les comportements peuvent complètement changer à la maison. Pour du mieux, parfois pour un petit peu du moins bien aussi. Il y a aussi souvent, que ce soit au moment de l’arrivée au refuge ou au moment de l’arrivée à la maison, on peut observer une petite période, ce que j’appelle d’inhibition, c’est-à-dire où le chien ne va pas émettre tous ses comportements parce qu’il n’est pas encore complètement à l’aise dans ce nouveau lieu et on va observer de nouveaux comportements dans les semaines ou les mois qui vont s’écouler. Encore une fois, ce n’est pas tout le temps des comportements « négatifs ». Ça peut être juste le chien qui va vraiment s’ouvrir au monde, beaucoup plus s’explorer, se mettre à jouer, demander des câlins, etc. Mais parfois, on peut avoir aussi des petits comportements comme un petit peu de malpropreté, un petit peu de destruction, quelques aboiements, etc, qui n’arrivaient pas du tout au début et qui se mettent en place.

C’est vraiment comme nous, quand on peut arriver dans un nouvel environnement, par exemple dans un nouveau job, au début, on va peut- être être un peu mal à l’aise, donc on ne va pas être totalement nous- mêmes. Et progressivement, une fois qu’on connaît bien nos collègues, une fois qu’on connaît bien le travail à faire, etc, on va se détendre un peu et être un peu plus ouverts aux autres, un peu plus nous-mêmes, etc. Donc ça, c’est super important, je trouve, à communiquer aux adoptants, de leur dire que c’est absolument normal et ce n’est pas grave si ils observent des comportements dérangeants. À ce moment-là, il y a tout un tas de professionnels qui sont disponibles pour les aider, que ce soit le refuge, les rappeler et se rassurer aussi. Voilà ce qui se passe, est-ce que c’est normal ? Oui, non ? Mais aussi des professionnels du comportement canin, des vétérinaires, des vétérinaires comportementalistes. Je pense qu’aujourd’hui, on a énormément de professionnels maintenant qui sont très spécifiques à leur domaine d’expertise. Et il ne faut vraiment pas hésiter à demander de l’aide et à se faire accompagner. Mais vraiment se dire que vraiment, c’est normal. Parfois, il y a des comportements qui vont apparaître quelques jours et disparaître après. Ça peut être un petit peu fluctuant. C’est un gros changement pour le chien, que ce soit une arrivée en refuge ou dans une nouvelle famille. Tout change. Les repères, il n’y en a plus vraiment. C’est des nouvelles personnes qu’ils ont peut-être vues quelques fois, mais où le lien d’attachement n’est pas encore complètement fait et va se construire progressivement.

Donc voilà, il faut vraiment pas s’inquiéter si ça arrive. Mais effectivement, et c’est un petit peu le challenge de tous les jours, je pense, dans nos métiers, c’est de se dire « OK, aujourd’hui, mon plan de travail, d’entraînement, c’est celui-là, mais on verra si ça fonctionne vraiment comme je l’ai dans ma tête et sur mon papier, si le chien répond bien à ce que j’attends, etc. » Il faut être capable vraiment de pouvoir réajuster, toujours pouvoir se réajuster au chien, à son évolution aujourd’hui, sans se dire « Voilà ce que je vais faire demain et la semaine prochaine parce que ça ira bien », parce que la vérité, c’est qu’on n’en sait rien du tout. Donc, il faut vraiment se dire que c’est juste normal, qu’on peut clairement se faire aider et même en tant que professionnelle aussi, faire appel à notre réseau professionnel quand on se sent des fois un peu bloqué d’ailleurs sur des cas de comportement. Mais c’est un peu le challenge, clairement, cette non- prévisibilité qu’on peut avoir dans le comportement des chiens.

Marion

Et surtout sur des chiens de refuge où là, en l’occurrence, on a vraiment un historique du chien très limité. On a un historique très limité. Donc voilà, par exemple, typiquement, si on a effectivement un chien qui va présenter de l’anxiété de séparation en sortant de là, effectivement, oui, il y a de quoi se faire aider aujourd’hui avec des professionnels qui sont spécialisés dans le domaine et qui, du coup, pourront compléter un éventuel plan de travail qui a été mis en place avec votre éducateur habituel, par exemple, pour pouvoir vraiment prendre en charge le chien de façon holistique et se sortir de cette espèce d’effet vicieux, de cercle vicieux où le chien s’enferme dans toujours plus de stress parce qu’il y a beaucoup de changements d’un coup, parce qu’il y a énormément de choses qui, pour lui, sont difficiles à vivre et qu’une aide holistique à tout point de vue va vraiment pouvoir lui permettre de s’en sortir. Ça rejoint ce que tu dis, de toute façon. Moi, ça me fait penser aussi par rapport aux chiots qui sont adoptés en refuge, parce que souvent, les chiots, la difficulté, c’est que généralement, je veux dire, on vient, on pose le carton devant le portail, on a très rarement les informations sur les parents. Parfois même, les bébés, il faut les biberonner, donc vraiment, il y a vraiment très peu d’historique et très peu d’informations sur ces chiots-là. On ne sait pas d’où ils viennent, on ne sait pas quel est le type racial, même parfois quand ils arrivent. Donc, on ne sait pas la taille. Il n’y a vraiment pas grand chose. Il y a vraiment très peu de choses. Tout ce qu’on sait, c’est que c’est des petits bouts de choux qui sont vivants et qu’il va falloir essayer de les aider au maximum. Est-ce que toi, tu as été régulièrement confrontée à des chiots comme ça qui arrivaient en SPA ?

Valentine

Régulièrement, non, mais c’est arrivé plusieurs fois. Les petits chiots, vraiment, on va dire entre 0 et 10 semaines, c’est une population qui a assez peu, en tout cas dans la SPA où je suis, mais ça arrive quand même plusieurs fois dans l’année qu’il y ait soit une maman avec ses chiots qui arrive, et ça j’ai envie de dire, c’est le meilleur des cas. Parce qu’il y a quand même la maman, qui peut les nourrir et qui peut faire son rôle de maman au niveau social aussi, pour les chiots, au niveau des interactions, etc, jusqu’à ce qu’ils puissent partir en famille. Mais évidemment, il y a aussi des chiots qui arrivent sans leur maman, parfois à seulement quelques jours. Je me rappelle de cet hiver où il y a effectivement, comme tu l’expliques, un carton de chiots qui est arrivé avec des chiots qui avaient encore les yeux fermés. Donc ils étaient vraiment tout petits. Ils ont tous survécu. Les filles des équipes, ils ont carrément pris chez elles. Elles ont été extraordinaires. Elles se sont réveillées beaucoup la nuit pour les biberonner. Mais voilà, donc très vite, ils ont pu revenir au refuge dès qu’ils étaient un petit peu plus autonomes.

Et donc là, ce qu’on avait mis en place, c’est qu’on a essayé de faire le mieux qu’on a pu pour leur socialisation, parce que forcément, en refuge, l’environnement est quand même limité et il est assez pauvre. Mais en mettant des petites playlists de musique ou de bruit, en allant aussi passer des moments avec eux pour qu’ils s’habituent à l’humain, leur présenter des petits colliers, leur faire des petites activités masticatoires ou d’enrichissement alimentaire. On les a fait aussi rencontrer certains des chiens des employés qui étaient vraiment super cool et adultes, pour qu’ils aient aussi des contacts avec d’autres chiens, sans non plus risquer des contaminations avec les chiens de refuge au niveau sanitaire, etc. Donc, on reste limité pour tous les apprentissages dont ils auraient besoin à leur âge, à leur tout petit âge. Mais on peut quand même mettre des choses en place. Après, ça, c’est vraiment l’expérience que moi, j’ai vécu dans la SPA où j’interviens. Je ne sais pas exactement comment ça se passe partout, mais c’est vrai que ça peut être difficile. Et effectivement, ce point d’interrogation sur « Qui est ce chiot ? Qu’est-ce que c’est sa race ? Qui sont ses parents ? Quels étaient les comportements des parents ? » ou potentiellement les pathologies aussi des parents ? Tout ça, c’est difficile parce que c’est vrai qu’on peut pas dire grand chose aux adoptants. Heureusement, il y a les vétérinaires qui peuvent un petit peu axer au niveau de l’âge, au niveau de la race, mais ça reste quand même assez approximatif et on découvre au fur et à mesure des jours, finalement, à quoi ils vont ressembler, comment ils sont, etc.

Marion

C’est super intéressant ce que tu dis parce qu’en fait, ici, la structure dans laquelle je suis, il n’y a pas de refuge. Donc, en fait, tous les animaux sont placés immédiatement en famille d’accueil. Et donc, il n’y a pas vraiment cette problématique qu’il peut y avoir un refuge avec un environnement qui est relativement pauvre, même si on essaye de mettre plein de choses en place et qu’il y a plein de choses à faire. Comme ils sont en famille, on se retrouve finalement dans la configuration où on les place systématiquement dans une famille d’accueil avec un autre chien, au minimum un autre chien. Ils vont être confrontés à de la vie familiale avec les bruits familiaux, quand on passe l’aspirateur, quand on fait le ménage, quand on va se balader. Et donc finalement, on n’a pas du tout cette problématique-là qui est un vrai problème aussi ou en tout cas qu’il faut prendre en compte pour cette période sensible qui est l’apprentissage du chiot au moment où il va faire toutes les découvertes, au moment où il va explorer, au moment aussi où on peut découvrir ses peurs ou ses sensibilités, quelles qu’elles soient, ou les premières séquences comportementales qui peuvent être liées d’ailleurs à spécifiquement à une race. Ça, c’est quelque chose qui est, je trouve, beaucoup plus facile à faire en famille d’accueil que dans un contexte refuge où finalement, on va avoir un peu moins de possibilités, malheureusement. Cette problématique-là, je n’ai pas vraiment été confrontée. Est-ce que vous, vous travaillez avec des familles d’accueil ou pas du tout ?

Valentine

C’est en train de se mettre en place. C’est assez récent. Jusqu’ici, il y avait certaines familles relais pour vraiment les chiens vieillissants ou avec des pathologies lourdes, ou du coup, clairement, être en box dehors, même si les box sont vraiment chouettes là où j’interviens, parce qu’il y a une partie chauffée ou climatisée l’hiver, etc. Mais voilà, il y a des chiens clairement qui ne pouvaient pas du tout rester dans ces conditions-là. Donc ça a commencé à être mis en place pour ces profils de chiens-là. Et là, c’est en train de se développer dans le but de pouvoir, par exemple, justement, mettre des petits chiots, mettre toujours ces chiens vieillissants ou avec pathologie en famille d’accueil, mais aussi pour les chiens qui restent de longues années au refuge, qui ne sont pas ou peu regardés pour une histoire de physique ou de comportement, peu importe, mais qui pourraient avoir une petite soupape en famille d’accueil et se sentir probablement déjà un peu mieux que dans leur box, et ça accompagnerait finalement aussi, pour ceux qui ont des petits problèmes de comportement, le travail comportemental à mettre en place. C’est en cours, c’est pas encore complètement fait. C’est les prémices, il va falloir trouver aussi des familles », etc. Mais en tout cas, c’est en train de se mettre en place. Donc je trouve que c’est très bien pour particulièrement les profils de chiens que j’ai cité. Je pense que ce sera très complémentaire au refuge et ça permettra à s’adapter encore mieux aux particularités des chiens.

Marion

Il faut bien comprendre que la gestion famille d’accueil est très difficile, elle est très chronophage aussi, puisque sur un refuge, on va pouvoir gérer assez rapidement plein de chiens. Avec une famille d’accueil qui est parfois, pas toujours, mais parfois inexpérimentée, il va falloir tout lui expliquer, tout lui apprendre. C’est aussi quelque chose qu’elle va faire de son côté, mais elle va avoir plein de questions, elle va avoir plein de choses comme ça. Et c’est vrai que ça mobilise des personnes du refuge, des agents animaliers ou des personnes prestataires externes comme toi, qui vont devoir passer du temps pour expliquer toutes ces choses-là à ces personnes-là. Du coup, forcément, ça prend de la ressource. Et donc, c’est pas toujours évident à mettre en place pour un refuge, parce qu’on n’a pas toujours le temps, parce que les priorités vont être aux animaux qui sont présents et qu’on va essayer d’aller à l’efficacité pour essayer d’en sauver un maximum. Et c’est pas toujours évident de s’occuper de cet aspect et donc je salue aussi la volonté de pouvoir mettre en place ces choses-là pour s’occuper aussi, autant que possible, en tout cas, du bien-être de ces animaux et de leur permettre en tout cas d’évoluer aussi bien que possible dans les meilleures conditions possibles et du coup, faciliter aussi quelque part leur adoption.

Valentine

Clairement, oui, tout à fait. C’est clair que logistiquement, c’est assez lourd. C’est pour ça, je ne sais pas s’il pourrait y en avoir beaucoup. Et comme tu dis, il faut aussi que les familles d’accueil soient très conscientes de l’impact que ça peut avoir dans leur quotidien, de l’investissement, etc. Donc, il faut aussi trouver des gens qui sont d’accord avec tout ça. Mais c’est déjà bien que ça commence à se mettre en place et puis on verra par la suite si ça se se développe encore plus.

Marion

Pour en revenir aux chiots, il y a quelque chose dont j’aurais bien aimé qu’on discute d’ailleurs, c’est le fait que justement, on ait très peu d’informations sur les parents. Souvent, ça peut être bloquant au niveau des adoptions. Dans la mesure où on ne sait pas exactement… Au-delà de l’aspect physique, j’entends, parce que souvent, ça, déjà, en soi, ça peut être bloquant. J’ai des retours des associations amies ou même des SPA qui me disent « On a des personnes, ils veulent un chien qui fasse entre 10 et 15 kilos. Si le chien déborde, on n’en veut pas. » Mais la problématique, quand on a des petits chiots, pour peu qu’ils aient un retard de croissance parce qu’ ils ont été dans des conditions terribles et on ne le sait pas forcément quand ils arrivent, même si on peut avoir un ordre d’idée parce que le vétérinaire va nous aiguiller, évidemment, mais en tout cas, on peut difficilement avoir une courbe de croissance et pouvoir se dire “Le chien, il va rentrer entre ça et ça, on peut le garantir”. On ne peut rien garantir à ce niveau-là, donc ça peut être bloquant aussi pour les adoptions. Et finalement, pour en revenir à ce qu’on disait sur l’acte militant d’adoption en association, finalement, ça passe aussi par ça. Ça passe aussi par la surprise de “on peut avoir un chiot » et puis finalement se rendre compte que ce n’est pas du tout ce qu’on attendait. Et donc ça, ça peut être difficile à gérer pour les adoptants, parce qu’au-delà du physique, ça peut aussi vouloir dire que ce n’est pas tout à fait la race ou le type racial auquel on s’attendait, avec forcément aussi tous les comportements qui peuvent découler d’une race inattendue ou à laquelle on ne s’attendait pas. Donc ça veut aussi dire que potentiellement, s’attendre à tout en terme de comportement pour les adoptants, ce qui est finalement même plus difficile à envisager je trouve, que l’adoption d’un chien adulte qu’on connaît déjà, qui a passé X temps en refuge ou en association, et lui au moins, entre guillemets, on peut prévoir un peu plus de choses que le chiot qui va continuer à évoluer, continuer à grandir, continuer à se développer. Et là, ça peut être surprise surprise.

Valentine

Clairement. Oui, tout à fait. Je pense que pense que les chiots ont un avantage par rapport aux autres, c’est que ce sont des chiots et qu’ils attirent le regard, le cœur. Donc les gens, je pense, sont un petit peu plus prêts à se dire « OK, je saute dans l’inconnu, mais il est tellement mignon et puis j’ai tellement envie de m’investir avec lui que, peu importe ce qu’il va devenir, je vais l’aimer très fort et je l’aime déjà très fort. » Mais bien sûr qu’ il y a des personnes qui vont être freinées par « On ne sait pas trop à quoi il va ressembler, combien il va peser, quelle taille il va faire. » Ce que parfois font les équipes là où je suis, c’est qu’elles donnent une fourchette plutôt haute en disant « Au vu de ce que nous a dit la vétérinaire, etc, on va s’attendre à tel gabarit en peut-être grossissant un tout petit peu pour être sûr que les gens soient prêts à ce que ce soit plutôt un grand chien ou un chien moyen, etc. » pour éviter les mauvaises surprises. Si c’est des gens qui s’en fichent un petit peu du gabarit, de la taille, etc, tout va bien.

Essayer de les prévenir au maximum et leur détailler tout ce qu’on dit, que il n’y avait pas de parents, ils ont été biberonnés peut-être, donc on a très peu d’informations. Mais si on arrive à avoir un petit peu, je ne sais pas, le croisement et les races potentielles qui ont participé à ces petits chiots, on peut déjà faire un peu de prévention, effectivement, sur les comportements qui peuvent apparaître, etc. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident, mais ils ont quand même cet avantage de grande mignonnerie qui fait qu’ils restent en général très peu de temps en refuge, ce qui est génial pour pour eux et ils trouvent assez vite leur famille. Généralement, c’est des gens qui sont vraiment investis ou en tout cas qui n’hésitent pas à nous rappeler derrière, etc. Ça, c’est vraiment chouette pour les chiens et pour les chiots.

Marion

Oui, c’est super. Ça me fait toujours penser aussi dans la catégorie des informations qu’on n’a pas, c’est au niveau des pathologies. On a des portées entières qui ont eu une dysplasie rénale. Dysplasie rénale, c’est une malformation rénale qui est génétique, qui a une ascendance génétique. Ça veut dire que potentiellement, si les parents, eux, n’avaient rien, ça veut dire que potentiellement, les deux étaient porteurs et que ce mariage-là a créé des chiots qui étaient atteints de cette pathologie-là, en tout cas, en très grande majorité sur une portée complète. Alors l’avantage qu’on a ici, c’est qu’on sait reconnaître les symptômes assez rapidement maintenant, ce qui n’est pas forcément une bonne chose parce que ça veut dire qu’on y a été confronté. Mais du coup, il y a des traitements médicamenteux et un suivi qui peut être mis en place le plus rapidement possible. Mais ça veut aussi dire, il y a des pathologies qui vont pas forcément se développer aux deux mois et demi ou aux trois mois du chiot, comme là, en l’occurrence, c’était le cas pour les dysplasies rénales et donc, les familles adoptantes dans l’absolu, ont pu être prévenues à temps. Il y a d’autres types de pathologies qui existent et qui vont être latentes et qui vont se développer bien plus tard dans la vie du chiot. Il y en a tellement que je ne saurais même pas recommencer.

C’est le genre d’informations que souvent, on va avoir en élevage, puisque techniquement, les élevages font les tests de santé des reproducteurs pour savoir quelles vont être les pathologies éventuelles et évidemment, les éviter pour leurs chiots et les descendances. Mais ça, c’est quelque chose qui est presque pas possible à avoir en association. Et c’est quelque chose aussi qu’il faut prendre en compte dans le cas où on adopte un chiot en association, c’est qu’on s’engage dans l’inconnu sur plein de points, y compris la santé. Et il faut pouvoir se dire « Peut-être que j’adopte un chiot, peut-être qu’il aura une vie plus courte que si j’avais adopté ce chien en élevage avec tous les tests de santé faits, avec le suivi des reproducteurs, avec « Je connais exactement ce dans quoi je m’engage. Je connais les parents, je les ai rencontrés, je vois leurs comportements. » Là, on n’a pas toutes ces informations-là. C’est pour ça aussi que ça rejoint aussi ce qu’on disait au départ, dans la mesure où ça va être un acte militant, parce que tu vas le faire pour le chiot en question, pour toi aussi bien sûr, parce que tu es dans une démarche d’adoption, mais aussi pour aider ce chiot-là, quel que soit ce à quoi on va s’attendre. C’est aussi une donnée importante à avoir en tête, parce que si on n’est pas prêt à ça, on peut être déjà émotionnellement très atteint, parce que le chien va potentiellement développer une pathologie, on ne s’y attendait pas. Dans tous les cas, bien sûr, on sera émotionnellement atteint, ce n’est pas la question, mais en tout cas, c’est quelque chose à avoir en tête et pouvoir se dire « Je suis prêt à faire face, quel que soit ce qui peut se passer pour ce chien-là.»

Valentine

Oui, tout à fait. Effectivement, il n’y a aucune garantie que ce soit effectivement pour des chiens ou parce qu’ils vont partir assez tôt. En plus de ça, ils sont tout petits, donc on ne peut pas déjà voir leurs comportements définitifs et leur santé définitive. Mais même finalement, sur des chiens adultes, où on se rend compte des fois qu’ils marchent quand même un petit peu bizarrement, où il a quand même pris vraiment beaucoup de poids et parfois, on peut. Moi, souvent, particulièrement si c’est des chiens que je suis à la SPA parce qu’il y a des problèmes de comportement, j’essaye de pousser vraiment aux examens médicaux parce que assez souvent, on peut avoir quand même des liens avec les comportements. Mais parfois, ce n’est pas possible pour des raisons financières, logistiques, etc. Là où j’interviens, il y a un cabinet vétérinaire au sein du refuge, donc ça, c’est génial, mais il n’est pas équipé avec scanner, radio, etc. Ça, ça implique de transporter le chien, de l’emmener chez le vétérinaire, etc. Selon le profil du chien, ça peut être vraiment des choses assez lourdes, parfois coûteuses aussi, et il n’y a pas forcément les financements possibles.

Donc, clairement, adopter en refuge, c’est effectivement sortir un chien de la misère, mais avec tout ce que ça peut impliquer comme inconnu, effectivement, comme surprise excellente ou beaucoup plus désastreuse. Donc, autant que possible sur les chiens adultes particulièrement, il y a des tests qui sont faits, prise de sang au niveau de la thyroïde, etc, mais pas toujours. Et c’est vrai que c’est encore une fois un petit peu une loterie à laquelle il faut s’attendre quand on veut adopter un chien en refuge. Mais bon, il n’y a pas que des choses difficiles non plus. Mais ça en fait partie et il faut quand même en parler parce que je pense que ça permet de sensibiliser l’adoptant et d’éviter aussi des potentiels retours post-adoption, parce que le comportement, finalement, n’est pas celui qu’on attend, la santé du chien n’est pas celle qu’on attend ou sa taille n’était pas finalement celle qu’on imaginait. Donc ça, c’est super important, je pense, de pouvoir y penser en amont et se dire « OK, je pars un petit peu dans l’inconnu, mais je suis prêt à ça et tout ce qui se passera, ce sera OK et on fera du mieux qu’on pourra ensemble.»

Marion

Justement, pour rebondir sur tout ça, entre les chiots, la santé, les adultes et tout ça : pour les seniors. Parce que les seniors, souvent, ils vont avoir des besoins de santé peut-être plus importants, des choses qui n’étaient pas là jusqu’à présent. Disons que c’est un petit loulou, ça fait des années qu’il est présent sur site. Il n’a pas été adopté, malheureusement, parce qu’il n’est pas beau, parce que son comportement ne permet pas ou peu importe la raison pour laquelle il n’a pas été adopté, mais peut-être qu’à un moment donné, il va se développer des pathologies ou autres. Comment est-ce qu’on gère dans ce genre de cas-là ? Comment est-ce qu’on gère les seniors dans un refuge ?

Valentine

Les seniors, il y a déjà une prise en charge, généralement. Encore une fois, je vais parler pour les expériences que j’ai vécu dans la SPA où j’interviens. Je ne peux pas parler pour tous les refuges et associations de France, bien sûr. Mais là, en tout cas, en général, il y a déjà une prise en charge vétérinaire qui est mise en place. C’est-à-dire qu’on va voir s’il y a des douleurs, mettons, je ne sais pas, de l’arthrose ou d’autres douleurs physiques, on va voir si on peut déjà mettre en place quelque chose pour soulager le chien au niveau médicamenteux. Est-ce qu’on peut aménager son box de manière à ce qu’il soit plus confortable ? Par exemple en mettant, je ne sais pas, quelque chose d’anti-dérapant. Si son couchage était surélevé, peut-être le descendre s’il a un peu plus de mal à se déplacer. Là, ce qu’on a mis en place assez récemment, c’était d’apprendre à un chien à monter sur une rampe pour pouvoir monter en voiture, parce qu’il était plus capable de le faire et qu’il y avait des évaluations comportementales à faire, des visites vétérinaires, etc. Donc permettre aux chiens, finalement, de se mouvoir plus facilement.

C’est un petit peu comme on s’adapterait à des humains vieillissants. On va aménager l’environnement pour leur faciliter les choses, pour qu’ils puissent continuer à être le plus autonome possible, mais avec un environnement complètement adapté à leurs possibilités aujourd’hui. Ça peut être ça. Parfois, il y a des chiens qui vont être mis plutôt dans la cuisine ou dans les bureaux pour éviter le froid, l’humidité, etc. Ou alors, quand c’est possible, en famille d’accueil, où là, c’est vraiment généralement l’idéal pour un chien vieillissant. Et puis, forcément, ce qu’il faut prendre en compte aussi, s’il y a une adoption d’un chien vieillissant, c’est effectivement ce côté-là où, potentiellement, les frais vétérinaires peuvent être un peu plus élevés, parce qu’il aura des besoins peut-être plus réguliers, en tout cas d’aller faire des check-up, ou s’il y a une pathologie qui se déclare, d’être suivi, peut-être médicalisé, etc. Donc ça, c’est aussi à prendre en compte. Ça peut complètement être le cas sur un chien adulte, mais c’est vrai que proportionnellement, on voit quand même plus ça sur des chiens qui vieillissent que sur d’autres.

Marion

C’est super intéressant. En tout cas, moi, quand je vois des adoptions de seniors, généralement, c’est un acte militant. On avait ces personnes-là qui viennent pour sortir un chien âgé de ces conditions-là. C’est rarement” on vient et on va marcher au coup de cœur” parce que souvent, dans ce cas-là, c’est plutôt les chiens, les chiots ou les « belles gueules », si j’ose le dire, qui vont partir en premier. L’adoption d’un chien senior, c’est vraiment des personnes qui viennent et qui vont se dire « Je vais prendre un chien senior » pour lui permettre d’avoir une retraite aussi paisible que possible, avec tout ce que ça implique. C’est vraiment l’acte militant je pense, le plus haut. Et puis, le fait que les gens vont s’impliquer à ce point-là, moi, ça me fait toujours un petit pincement au cœur de voir qu’il y a des gens qui vraiment viennent dans cette optique-là. C’est tellement exceptionnel.

Valentine

C’est ce qui est mis en place par la SPA. Là, pour le coup, c’est national, c’est ce qu’on appelle les opérations SOS. Donc, les chiens séniors ou avec des lourdes pathologies, l’adoption se fait contre don libre. Il n’y a pas de montant fixé. L’adoptant donne ce qu’il veut. C’est un petit peu pour encourager, finalement, des adoptions pour des chiens, effectivement, qui vont forcément beaucoup moins attirer le regard. Un petit vieux ou un chien malade, on n’a pas forcément envie de s’engager avec un chien comme ça, mais c’est pour justement contrer un petit peu ça. Et comme tu dis, c’est des profils de personnes qui viennent dans cette optique-là, qui ont assez souvent déjà eu un chien vieillissant, par exemple, précédemment adopté ou quoi que ce soit et qui veulent vraiment offrir une super fin de vie à ces chiens-là. Et je trouve que c’est assez chouette de mettre en place ce genre d’opération parce que c’est vrai que ça donne de la visibilité à des chiens qui pourraient passer un petit peu inaperçus au quotidien, finalement, quand il y a des visiteurs.

Marion

C’est clair. Et d’ailleurs, en parlant d’adoption, souvent, moi, ce que je vais voir, ça va être… On en parlait au départ, quand il y a la transition refuge- association et qu’on accueille le chien à la maison, tu parlais d’une période d’inhibition, ça peut être aussi complètement le contraire. Ça peut être presque de la désinhibition où on va voir des comportements apparaître qui étaient totalement invisibles en refuge. Moi, par rapport à cet aspect-là, il y a une chose qu’on n’a pas mentionnée et que j’aimerais bien qu’on mentionne, c’est : est-ce qu’il y a des formes de stress chronique qui peuvent apparaître en refuge ou en association, mais souvent plutôt en refuge et qui peuvent avoir un impact sur le bien-être du chien, qui vont avoir un impact aussi sur ses comportements, sur sa façon d’évoluer aussi, potentiellement, au sein de sa future famille. Est-ce que c’est quelque chose que tu remarques ?

Valentine

Oui, clairement, il y a énormément de chiens qui sont soumis à beaucoup de stress en refuge. Il y a une minorité de chiens qui vivent leur meilleure vie, qui mangent, qui font leurs promenades, qui dorment toute la journée et où on sent que c’est vraiment OK de vivre comme ça. Mais ça reste vraiment une minorité. Il y a énormément de chiens qui vont être très stressés par le fait, déjà, d’être enfermés, par le fait d’être confrontés à des chiens toute la journée, à des humains toute la journée, d’avoir peu de contacts social, parce que même si les agents animaliers se démènent pour leur offrir le meilleur, ça n’en reste pas moins un travail où ils ont 1 000 choses à faire à côté aussi. Et forcément, les heures passées au contact réel du chien, elles sont assez courtes dans la journée. Puis des comportements naturels aussi du chien, creuser, courir, mastiquer, etc, parfois où on n’a pas ou peu en tout cas la possibilité de leur proposer. Donc, concrètement, oui, le bien-être des chiens peut être vraiment impacté, plus ou moins selon le chien. Et ça, c’est des choses qui peuvent effectivement se répercuter sur leur vie après en foyer.

Il y a pas mal de choses à mettre en place pour améliorer leur bien-être et assez souvent, le simple fait de vivre avec du contact social beaucoup plus important, d’avoir des promenades ou des sorties, etc, qui leur permettent d’émettre leurs besoins juste, de chien, déjà, ça améliore beaucoup les choses. Après, il peut y avoir des choses qui restent, qui étaient peut-être déjà présentes avant le refuge ou qui sont apparues pendant le séjour au refuge. À ce moment-là, il ne faut pas hésiter, encore une fois, à faire appel déjà à des vétérinaires, pourquoi pas, pour voir si on peut aider le chien avec une médication, si c’est nécessaire, mais aussi des professionnels de l’éducation, du comportement, pour essayer de mettre en place des entraînements, des protocoles de travail qui vont pouvoir améliorer un petit peu les choses. Mais on peut clairement retrouver des stress et ça fait un peu penser au stress post-traumatique où parfois, il y a des bruits qui vont faire réagir le chien parce que c’était des bruits qu’ils avaient l’habitude d’entendre dans un refuge, des odeurs, etc, ou des mots aussi qu’ils ont entendus beaucoup, beaucoup au refuge ou qui vont les mettre un petit peu mal à l’aise à la maison parce que c’est lié à l’expérience qu’ils ont vécue au refuge qui n’était pas très agréable.

Mais parfois, ils arrivent à la maison et puis c’est comme s’ils y avaient aussi été depuis toujours et dès le premier soir, ils sont collés à leur humain comme s’ils avaient toujours vécu avec lui. Et tout se passe pour le mieux. Et évidemment, c’est toujours ce qu’on souhaite. Mais voilà, je pense que ce qu’il faut vraiment garder en tête, c’est qu’on a vraiment, vraiment aujourd’hui des outils et des solutions pour améliorer leur bien-être, que ce soit en refuge et après. Donc, il ne faut pas hésiter vraiment à faire ce qu’il faut et à demander aux gens expérimentés, certifiés, pour pouvoir se faire aider.

Marion

Est-ce que toi, par rapport à tout ça, tu aurais des conseils pour les gens qui aimeraient se lancer dans une adoption, qui ne savent pas trop par où démarrer, qui ne savent pas trop, ils ont envie d’aider un chien qui est dans le besoin, mais ils ne sont pas sûrs de savoir comment s’y prendre et ils ont peut-être peur aussi des appréhensions par rapport à ce qu’ils pourraient rencontrer. Est-ce que tu as des conseils pour les orienter, pour les aider ?

Valentine

Oui. Je pense que le processus de réflexion avant l’adoption, il est super important : de pouvoir vraiment se poser les bonnes questions. On peut aussi marcher au coup de cœur et souvent, c’est des très belles adoptions aussi. Mais pour moi, vraiment, les trois questions qui vont être à se poser, principalement, c’est déjà « Est-ce que j’ai le temps nécessaire pour ajouter un individu à mon foyer ? » On a tous des vies, je pense, bien remplies entre notre travail et tout ce qu’il y a à côté. Donc, accueillir un nouvel individu, c’est forcément lui donner aussi beaucoup de temps. Donc, est-ce qu’on a ce temps-là nécessaire ? Est-ce qu’on est prêt à se dégager du temps pour ses besoins, pour éviter des périodes de solitude qui soient trop longues, le promener, le sortir, etc. ? Est-ce qu’on a, deuxième question, le budget nécessaire ? Parce que qui dit adopter un animal dit des coûts financiers liés potentiellement à l’adoption, des frais vétérinaires, la nourriture, le matériel. Si on le fait un jour garder les pensions, tout ce qui est gardiennage ou alors, justement, des professionnels pour le comportement, l’éducation, etc. Tout ça, il faut pouvoir le quantifier et être sûr de pouvoir y répondre sur le long terme, puisque un chien, on sait quand on l’adopte, on ne sait pas jusqu’à quand.

Donc être sûr qu’on peut subvenir à tous ces besoins et aux imprévus aussi, encore une fois. Et je pense aussi un petit peu se demander “si, ça ne se passe pas comme on l’attendait, est-ce qu’on est prêt à se faire aider ?” Est-ce qu’on est prêt à faire appel à un éducateur canin, un consultant en comportement, un vétérinaire ou plein d’autres professions spécifiques que je ne cite pas mais qui existent en fonction de ce qu’on rencontre. Je pense que c’est vraiment les trois points clés qui se rejoignent finalement un petit peu. Et après, moi, ce que je propose assez souvent quand j’accompagne, par exemple, des clients dans ce processus-là, parce que de plus en plus, et je trouve que c’est génial, j’ai des personnes qui font appel à moi avant d’accueillir un chien et qui me disent « On veut être sûr, on veut se poser les bonnes questions, avoir votre avis, etc. » Moi, ce que je propose déjà de faire dans un premier temps, c’est de vraiment définir en détail le profil de notre foyer, c’est-à-dire, par exemple, combien est-ce qu’on est d’humains ? Est-ce qu’il y a des enfants en bas âge ?

Est-ce qu’il y a des personnes avec des particularités physiques ? Des personnes vieillissantes ? Est-ce qu’il y a d’autres animaux ? Appartements, maisons ? Quel est notre environnement immédiat ? Pour être sûre que le chien qui va arriver puisse s’adapter et convenir à ce foyer-là et inversement, que notre foyer puisse lui convenir à 100%et que tout le monde cohabite de la meilleure manière. Ça, c’est vraiment la première des choses, vraiment lister toute la constitution de son foyer, définir un petit peu son pourquoi est-ce que j’ai envie d’adopter un chien ? Quelles sont mes raisons ? Pourquoi est-ce que je me projette aujourd’hui avec un chien ? Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? Qu’est-ce que j’ai envie de lui proposer ? Et est-ce que je pars beaucoup en déplacement, il va venir avec moi ? Est-ce que je suis à la maison ? Tout ça, vraiment tout ça de vraiment en lister.

Marion

Question super importante parce que ça, c’est une question qui fait que ça va définir, finalement, on va dire, la relation qu’on a avec le chien. Et comme là, en l’occurrence, on va adopter un chien d’association, et si pour lui, ce qu’on avait prévu ou ce qu’on aurait aimé pouvoir faire ne peut pas se faire dans l’immédiat, parce que le chien, par exemple, ne le permet pas ou parce qu’il est trop stressé ou parce que pour lui, pour l’instant, c’est une compétence trop difficile, qu’il a besoin d’apprentissage intermédiaire, si pour ce chien-là, on ne peut pas immédiatement arriver à ce qu’on aurait voulu pouvoir aimer aboutir, est-ce qu’on a prévu une solution B ? Est-ce qu’on a prévu quelque chose ? Parce que si ce n’est pas le cas, ça remet en question cette adoption-là et ça va être beaucoup plus difficile pour nous, en tant qu’humains, de gérer au quotidien. Je pense que cette question du « Pourquoi je veux adopter ? » est aussi fondamentale. Et si jamais ça ne se passe pas exactement comme j’avais prévu ?

Valentine

Complètement. Moi, je pense que même, c’est important aussi de définir un petit peu le profil du chien qu’on attend, que ce soit au niveau du physique, quelle taille, quel poids, quel sexe aussi, parce que si on a d’autres animaux, ça peut influencer aussi ça. Mais aussi, par exemple, quels sont les comportements que je me sens de gérer et de potentiellement travailler ? Ou à l’inverse, que je refuse absolument de gérer, ce qui est complètement OK, mais c’est juste important de se poser les questions. Il y a des personnes qui peuvent être complètement OK avec un chien qui saute un peu ou qui mordille et qui n’ont pas du tout envie d’avoir la responsabilité et la gestion d’un chien, par exemple, qui va agresser potentiellement ses congénères. Et encore une fois, c’est complètement OK. Pareil au niveau des pathologies, en tout cas si elles sont connues au sein du refuge, se dire « Aujourd’hui, moi, je suis très sportive, j’ai envie de faire beaucoup de sport avec mon chien. » On va forcément éviter de partir sur un chien qui a de l’arthrose ou qui a une malformation ou qui, peu importe, a une pathologie qui peut aller à l’encontre, en tout cas de son bien-être, dans une activité sportive. donc définir aussi le profil un peu idéal du chien, c’est important pour se dire “Aujourd’hui, j’arrive avec le profil de mon foyer ce que j’attends d’un chien, pourquoi est-ce que j’ai envie d’adopter un chien.” Et avec toutes ces informations-là, vous allez pouvoir être guidé au sein du refuge. Les agents animaliers vont pouvoir vous dire « En fonction de tous ces critères-là, ce chien- là, il ne va pas trop être adapté. Mais par contre, ce profil de chien-là, je pense qu’il pourrait complètement s’épanouir avec vous et inversement.” Je pense que c’est vraiment un double sens. Qu’il va s’épanouir chez nous et nous qui allons nous épanouir aux côtés de ce chien-là parce qu’on se correspond. Tout ça, c’est, je pense, vraiment un processus hyper important de réflexion à avoir en amont et c’est ce qui va faire qu’on va pouvoir adopter le chien qui nous correspondra le mieux et inversement et qui évitera effectivement les retours post-adoption qui peuvent être difficiles, tant pour les humains que pour les chiens.

Marion

C’est clair. C’est super intéressant en tout cas. Merci infiniment, Valentine, d’avoir accepté mon invitation aujourd’hui, d’être là avec nous, de partager ton expérience. Ça a énormément de valeur. D’ailleurs, je vous invite à suivre Valentine sur les réseaux sociaux. Je vous invite à suivre son travail. Elle fait vraiment un travail fabuleux. Encore merci infiniment, Valentine.

 

Valentine

Merci à toi. C’était vraiment un plaisir et je suis très contente de pouvoir communiquer un petit peu sur les chiens de refuge qui est une partie très importante de mon travail aujourd’hui. Donc, un grand merci à toi.

Marion

Merci beaucoup. 

 

Si vous avez des questions ou des remarques sur l’épisode du jour, n’hésitez pas à commenter. D’ailleurs, dans la section « commentaire » aussi, vous pouvez tout à fait suggérer un prochain sujet qui vous tient à cœur. Vous pouvez également rejoindre mon Instagram et Facebook pour plus d’informations, de tips et de ressources gratuites sous l’identifiant @animaletherapie. Vous avez un souci de comportement avec votre animal ou vous avez envie de vous faire accompagner de façon éthique et professionnelle ? Vous pouvez me contacter directement sur contact@animaletherapie.com et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode.

podcast animale thérapie

Animale Therapie Family

Soutenir le podcast contribuer à son amélioration et profiter de contenu exclusif en devenant membre.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

marion nicolas consultante en comportement animal animale thérapie copie

Marion Nicolas

Comportementaliste animale passionnée, je vous aide à établir un véritable connexion et installer une relation saine et sereine avec votre animal.

Tout ce qu'on ne dit pas en public est dans la Newsletter !

Conseils, astuces, infos exclusives, formations en avant-première, ainsi que nos réflexions et une bonne dose d'humour et de transparence.

Rejoins nous !

email newsletter enveloppe
Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée.