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Épisode 3 – Le vol libre, quoi, comment, pour qui ?

6 Sep 2023 | Podcast | 0 commentaires

Haku & Anzu en Vol Libre ensemble

Bonjour et bienvenue dans l’épisode 3 du podcast Animale Therapie, le podcast de vulgarisation du comportement animal.

Aujourd’hui, on va parler des mythes qui entourent la pratique du vol libre. Si le vol libre est une pratique qui te passionne et que tu aimerais un jour te lancer, mais que tu te poses un tas de questions, j’ai créé une Masterclass sur le sujet qui est entièrement gratuite et qui aura lieu le mardi 26 septembre à 18h en live. Je te mets le lien pour t’inscrire en bas de page. N’hésite pas à aller jeter un œil.

 

Mon histoire

J’ai personnellement commencé le vol libre en 2010, comme je ne conseille à personne de le faire, c’est-à-dire seule, sans guidance d’un professionnel pour m’aiguiller et pour me donner son point de vue. Bien qu’à ce moment- là, j’ai eu la chance de ne perdre aucun oiseau et de n’avoir aucun accident avec le recul et les formations successives que j’ai fait depuis, et tout le savoir que j’ai accumulé, je sais maintenant que le risque était extrêmement haut de perte ou d’accident. Si le risque n’est absolument jamais nul de toute façon, il existe quand même des moyens de limiter ce risque par une connaissance profonde du comportement, mais aussi une connaissance de son oiseau plus spécifiquement, parce que chaque oiseau est différent.

Et comme souvent les pratiques qui peuvent faire rêver ont aussi leur lot de mythes qui les accompagnent. Savoir détecter ces mythes qui ne sont basés que sur des croyances, c’est le premier pas pour envisager la pratique de façon adéquate et c’est précisément le sujet du jour.

 

Les mythes

 

Premier mythe. Est-ce que si mon oiseau vit en cage toute l’année, est-ce que je peux l’amener en balade avec moi ? Et en fait, on pourrait le tourner autrement. Si l’environnement de vie que j’offre à mon oiseau n’est pas 100% adapté à ses besoins, est-ce que si je lui offre du vol libre, ça suffira ? En fait, non. Le premier point que je voulais voir avec vous, et peut-être certainement même le plus important, c’est que le vol libre, ce n’est pas une alternative à un environnement de vie de qualité pour l’oiseau. Je pense que c’est assez facile à comprendre, même instinctivement. Si vous avez votre oiseau qui vit dans une toute petite cage qui est inintéressante, qu’il n’a pas d’enrichissement et qu’à côté de ça, vous lui ouvrez la cage et qu’il a la possibilité de sortir dans un environnement qui est très riche, dans un environnement qui est super stimulant, alors le risque qu’il ne veuille tout simplement pas revenir parce qu’il y a énormément de choses à faire à l’extérieur, énormément de choses que dans son environnement de vie habituel, il n’a tout simplement pas, est-ce que vous pensez que votre oiseau va être motivé pour revenir vers vous ? Est-ce que si à ce moment-là, vous le rappelez, et même s’il connaît bien le rappel dans un contexte peu stimulant, est-ce que vous pensez qu’il y a la moindre chance qu’il revienne vers vous dans ces moments-là ? Il y a très peu de chances parce que l’environnement extérieur est ultra stimulant et il y a énormément de choses à faire. Si moi, on m’annonce la fin d’un jeu en me demandant de revenir, je vais certainement trainer la patte pour revenir. Qui plus est, dans un contexte de vol libre, il faut bien comprendre que votre oiseau, à ce moment-là, il est complètement libre. Le mot est d’ailleurs dans le titre. Le vol libre : il est libre. C’est ça, en fait, toute la différence, c’est qu’à ce moment-là, notre oiseau est complètement maître de ses décisions, maître de ses choix. Notre but, ça va être de faire en sorte qu’il ait envie de revenir vers nous. Lui offrir en captivité un environnement de vie qui est approprié, c’est le premier pas pour lui donner envie de revenir. Ça commence aussi par là. Vous êtes en train, en lui offrant un environnement de vie adapté, de créer les fondations pour créer la motivation pour qu’il ait envie de revenir vers vous, parce qu’il se sentira bien à vos côtés, parce qu’il n’aura pas l’impression qu’on lui retire quelque chose dès qu’il rentre en cage, dès qu’il rentre en volière.

Finalement, si je devais dire ça autrement, le vol libre, ce ne serait qu’une pratique qui est bonus dans la vie d’un oiseau qui a déjà une vie complète, une vie enrichie dans un espace de vie qui est adapté à sa morphologie et à son espèce. Est-ce qu’on peut envisager le fait de sortir son oiseau après l’avoir laissé huit heures à la maison tout seul dans sa cage, sans rien autour de lui qui l’amuse, sans enrichissement, sans jouets, sans choses finalement qui lui permettent de satisfaire aux besoins inhérents de son espèce ? Je vous déconseille très fortement de sortir votre oiseau. Ce n’est même pas que je vous le déconseille, c’est que c’est absolument prohibé. Tout simplement parce que votre oiseau va effectivement sortir et il y a de grandes chances qu’à ce moment-là, il ne souhaite tout simplement pas revenir. Et c’est là aussi où on voit bien que finalement, le vol libre, ça ne consiste pas simplement à apprendre le rappel à son oiseau. Il faut aussi cultiver la motivation. Il faut aussi cultiver les raisons qui vont lui donner envie de revenir.

Un autre point aussi que j’aimerais aborder, c’est que le vol libre, ce n’est pas de l’errance. Souvent, on confond le fait d’ouvrir la cage à finalement, de laisser l’oiseau libre, par exemple dans son jardin ou autour de chez soi, et on appelle ça du vol libre. Ce n’est pas du vol libre. Le vol libre, c’est la pratique qui consiste à sortir son oiseau de façon supervisée, en étant là avec lui à ce moment-là, et d’avoir un minimum de contrôle sur ce qui se passe à tout moment. L’errance, c’est ne pas être en présence, c’est ne pas surveiller son oiseau, les choses auxquelles il pourrait être confronté, l’endroit où est-ce qu’il pourrait aller. C’est ça, en fait, l’errance. Et finalement, ça existe. Moi, j’appelle ça de l’errance parce que c’est ce à quoi ça fait référence, par exemple, quand on balade son chien et que son chien est complètement libre en balade et se balade extrêmement loin de son propriétaire ou s’échappe de chez lui. Ça, c’est ce qu’on appelle de l’errance. La définition, on va dire juridique, c’est d’être à plus de 100 mètres de son propriétaire ou de son foyer. Ça, c’est la définition juridique aujourd’hui, de l’errance pour les animaux domestiques. Pour l’instant, ça ne s’applique pas au perroquet.

Pour autant, est-ce qu’il n’y a pas des leçons à en tirer ? Moi, je pense que si. Et aujourd’hui, l’errance, elle existe. Il y a certains centres qui la pratiquent, il y a des choses qui sont faites autour de ça, mais dans ce cas-là, ça s’appelle tout simplement de la semi-liberté. La semi-liberté, ça va être, laisser un oiseau en liberté, mais en s’occupant quand même de certains aspects de sa vie, comme par exemple s’occuper de ses soins vétérinaires, le rentrer la nuit ou encore le nourrir, tout simplement. S’assurer qu’il ne manque de rien. Ça, c’est de la semi-liberté. Mais dans ce cas-là, l’oiseau est complètement laissé à l’extérieur. Le risque qu’il se fasse attraper par des prédateurs est vraiment important. En fait, il est aussi important que si l’oiseau faisait partie de n’importe quelle autre espèce de votre environnement actuel. Par exemple, si vous vivez en France, le risque pour qu’il se fasse attraper par un rapace, il est aussi important que pour n’importe quel autre oiseau proie, qui vivrait sous nos latitudes. C’est en ce sens où moi, je pense que l’errance ou la semi-liberté, appelez ça comme vous voulez, ne doit pas être pratiqué dans un contexte de vol libre.

Il ne faut vraiment pas confondre les deux. Parce que notre but quand on va pratiquer du vol libre, quitte à pratiquer une activité aussi importante, aussi intense, ça va être de minimiser autant que possible les risques pour nos oiseaux. Parce qu’on fait prendre un risque, et ce risque, il faut le prendre en conscience, il faut le minimiser au maximum. On ne peut pas se permettre de laisser son oiseau errer toute la journée sans le surveiller, en fermant les fenêtres ou pire, en partant de chez soi, tout simplement. Parce que le risque, c’est qu’il finisse par se faire repérer par des rapaces qui sont dans le coin et il y en a en France aujourd’hui qui peuvent être prédateurs, même sur nos plus grosses espèces, même sur des aras. Évidemment, le risque est beaucoup plus important sur des petites espèces, mais même sur nos gros aras, c’est aussi possible. Donc c’est un risque qu’on peut minimiser en faisant un vol libre raisonné et supervisé. Sans parler des aspects aussi éthiques comme par exemple le fait que si vos oiseaux finissent par trouver d’autres sources de nourriture, alors ils privilégient ces sources de nourriture et ne reviennent tout simplement plus chez vous et s’éloignent inexorablement de leur lieu initial, sans que vous ayez le moindre contrôle dessus et vous en aurez de moins en moins.

Le risque, c’est d’entrer en compétition avec nos espèces indigènes et prendre des niches écologiques. Bien qu’aujourd’hui, ce soit encore largement débattu parmi la communauté scientifique, je pense qu’il est de règle tacite de ne pas rajouter plus de pression sur nos écosystèmes qui sont déjà largement fragilisés par les activités humaines. Dans la même catégorie, l’errance ou la semi-liberté amènent au fait que nos oiseaux risquent d’être beaucoup plus exposés aux risques pathologiques, aux risques de maladies que peuvent transporter les oiseaux de la faune sauvage. On pourrait très bien imaginer, si par exemple notre région est touchée par la grippe aviaire, que nos oiseaux finissent par être en contact eux aussi, avec la grippe aviaire. Plus ils sont laissés libres sur un terrain, plus les chances augmentent qu’ils finissent par être en contact si vous êtes dans une région touchée. Là où si vous faites un vol libre mesuré, raisonné, vous pourrez tout simplement choisir de ne pas exposer votre oiseau à ce risque-là et de ne tout simplement pas le sortir en cas d’alerte à cette maladie, par exemple, parmi toutes les autres maladies dans votre région.

Je pense tout simplement que nos oiseaux et les oiseaux de la faune sauvage ne doivent pas subir nos envies de sortir nos oiseaux. En tant qu’humains responsables et humains qui vous veulent tout simplement le meilleur pour nos oiseaux, c’est aussi de notre devoir de prendre en compte ces éléments-là qui entourent la pratique avant même d’envisager de la réaliser.

Finalement, on arrive au mythe numéro 3. Le vol libre serait l’aboutissement du bien-être de nos oiseaux captifs. Non. Le vol libre, ce n’est pas l’aboutissement du bien-être de nos oiseaux captifs. Si ça peut être vrai ou partiellement vrai, notamment pour les espèces les plus grandes, le vol libre n’est pas la seule mesure à prendre en compte quand on cherche à réaliser du bien-être pour nos oiseaux captifs. Déjà, il faut bien différencier le bien- être de la bientraitance. La bientraitance, c’est plutôt une absence de manque. Par exemple, le fait que notre oiseau ne manque pas d’eau, ne manque pas de nourriture. C’est plutôt défini comme une absence de problématique. Par exemple, il n’est pas malade, donc on s’assure qu’il reste en bonne santé. C’est plutôt défini de cette façon-là. Le bien-être, il va un petit peu plus loin, parce qu’ on va aussi prendre en compte l’aspect psychologique du bien-être, sa santé mentale, si vous voulez.

Et donc ça va un petit peu plus loin. Et quand on prend en compte la définition du bien-être, la vraie définition scientifique, comme elle fait intervenir cette notion psychologique, ça veut dire aussi que la perception de l’individu, la perception qu’il va avoir d’une activité ou de n’importe quoi d’autre va lui être propre. Et donc, on ne peut pas généraliser le fait que le vol libre, c’est un aboutissement ou c’est le Graal à avoir pour atteindre le bien-être de nos oiseaux captifs. Et j’irais même un petit peu plus loin. En voulant faire du vol libre pour offrir le meilleur à son oiseau, parce que vous l’avez entendu, parce qu’on vous l’a rabâché, vous risquez de le mettre en difficulté. Peut-être que pour lui, le vol libre n’est pas approprié ou peut-être qu’à ce stade-là dans sa vie, ce n’est pas encore le moment de faire de vol libre, peut-être parce qu’il est mal entraîné, peut-être parce que son historique de vie ne le permet pas. Il y a une multitude de facteurs qui peuvent faire que pour cet oiseau-là, à ce moment-là de sa vie, ce sera absolument pas approprié.

Le vol libre, ça implique de faire sortir son oiseau dans un environnement qui est très intense, très fort en stimuli. Je vais prendre un exemple tout bête. Quand vous avez un oiseau qui est sorti de conditions très difficiles. Vous savez, si vous récupérez par exemple un amazone qui a vécu dix ans dans des conditions de vie très complexes. Il est resté dans une cage toute petite toute sa vie. Il était très peu sorti. On peut imaginer que les personnes n’avaient tout simplement pas le temps ou peut-être que c’était un vieux monsieur et qu’il n’avait pas du tout le temps de s’en occuper. Plonger immédiatement cet oiseau dans un environnement ultra- chargé en stimuli quand il avait l’habitude d’être dans un environnement hypostimulant, risque de faire exactement le contraire, risque de créer de la détresse. Donc le risque de perte, il est très important. Ça, c’est la première chose. Mais ce qu’on peut aussi imaginer, c’est que vous ayez un oiseau qui soit totalement hébété, totalement apathique dans ce nouveau milieu-là, qui ne sait plus voler, donc qui ne vole pas. Ce serait une possibilité, ça arrive aussi.

J’entends souvent « Mon oiseau ne sait pas voler, donc je le sors à l’extérieur. » Comme ça, il est content, il regarde ce qui se passe. Et parfois, si on s’intéresse un petit peu aux éléments de langage corporel, on peut se rendre compte qu’en réalité, l’oiseau est en détresse parce qu’il y a soudainement une multitude de stimuli qui est très difficile à vivre pour lui. Il n’a pas du tout été habitué. Même si vous avez essayé de faire une désensibilisation tranquillement, doucement quand il a commencé à arriver chez vous, mine de rien, c’est très difficile parce que la vraie vie est chargée de stimuli. Et c’est vrai que la vie en maison, elle ne représente pas tout ce qu’on peut rencontrer à l’extérieur. Et donc, même si cet oiseau-là est bien traité, parce que vous faites en sorte qu’il soit bien traité, parce que vous lui offrez tout ce dont il a besoin physiquement, si on oublie cette donnée psychologique, qu’on ne fait pas d’étude de cas et qu’on ne s’intéresse pas à ce qu’il en est pour cet oiseau précisément, le risque de faire une erreur est important. Et donc, à chaque fois qu’on va envisager une pratique, d’ailleurs, quelle qu’elle soit, on va toujours s’intéresser à ça en premier lieu, à “et cet oiseau, est-ce que lui, ça lui convient ?”

Et c’est la première chose à envisager avant même de se dire, de façon généraliste, « Le vol libre, c’est l’aboutissement du bien-être pour nos oiseaux. » Parce que ce ne sera peut-être pas le cas pour le vôtre. D’ailleurs, je me permets de dire, si vous avez été culpabilisé parce que vous ne sortiez pas vos oiseaux en vol libre, vous pouvez tout simplement arrêter de culpabiliser. Vous pouvez tout simplement ne pas écouter aussi ces discours-là qui ne sont basés que sur des croyances.

Dans la catégorie des mythes aussi, j’entends souvent qu’un oiseau âgé ne pourra jamais sortir. Je fais un petit peu le pont avec ce que j’ai dit précédemment sur le fait que, par exemple, un oiseau qui serait sorti de maltraitance ou sans parler forcément de maltraitance, un oiseau qui n’a pas été dans des conditions de vie appropriées à ses besoins pendant un certain nombre d’années. Donc, est-ce que finalement, un oiseau âgé peut être sorti en vol libre ? En fait, ça dépend. Ça dépend de plein de choses. Ce n’est pas une réponse aussi binaire, ce n’est pas un oui ou un non, ça dépend. Un oiseau âgé peut tout à fait être sorti en vol libre si et seulement si, – et ce sera vrai très souvent – il a eu un entraînement rigoureux qui a été réalisé avant où on a évalué ses capacités, on lui a permis d’acquérir de nouvelles compétences et on l’a désensibilisé à plein de choses.

On a géré aussi ses émotions et on lui a permis une évolution progressive et harmonieuse pour qu’il ait les fondations nécessaires pour pouvoir sortir dans des conditions aussi « extrêmes » ou en tout cas aussi stimulantes que ce que peut l’être le vol libre. Mais effectivement, se lancer dans l’entraînement d’un oiseau qui a été dans des conditions de vie très difficiles avant dans sa vie, sans parler forcément d’oiseau qui a été sorti de maltraitance, un oiseau qui a été dans des conditions de vie qui n’étaient pas appropriées à ses besoins, donc une toute petite cage qui a jamais eu l’opportunité de s’exercer au vol, même sans parler de rappel, tout simplement voler dans son environnement, pour cet oiseau-là, ce sera beaucoup plus dur. Mais ça ne dépend pas trop de son âge, mais plutôt des conditions de vie dans lesquelles il a été tout au long de sa vie. Par exemple, on peut très bien avoir un oiseau de 30 ans qui a vécu dans une immense volière toute sa vie, et qui est au top de ses capacités physiques et mentales, qui a confiance en lui, qui a confiance en ses ailes et qui sera un candidat tout à fait approprié pour la pratique du vol libre, comme un oiseau de quatre ans qui serait déjà très amoché par des conditions de vie captives qui ne sont pas appropriées et l’entraînement qui va en découler sera certainement beaucoup plus long et beaucoup plus difficile.

Donc, on pourrait dire, si je devais résumer ce mythe-là, que si l’âge a une importance, parce qu’il peut donner une indication sur l’adaptabilité de l’individu, ce qui est bien plus révélateur, c’est l’historique de vie dans lequel aura été l’oiseau toute sa vie et les compétences qu’il possède déjà. Je parle de tout ça de toute façon dans ma formation sur les fondations du vol libre pour essayer de minimiser au maximum les risques et pour essayer de déceler, justement, qu’est- ce qu’il va faire d’un oiseau, que c’est un bon candidat au vol libre ou pas, en prenant en compte tous ces critères-là.

Un autre mythe que j’entends souvent, c’est que la relation ne serait pas nécessaire pour sortir un oiseau. Et pourtant si, c’est le cas. Pourquoi ? Déjà, il faut définir exactement ce que c’est une relation d’un point de vue strictement comportemental. La définition comportementale d’une relation, c’est quoi ? C’est la somme de tous les renforcements positifs qu’il va y avoir entre deux individus. Autrement dit, c’est par exemple, si vous avez des choses qui se passent et qui sont très agréables pour un individu, alors, votre relation, il y a des chances qu’elle soit bonne.

Et à quoi ça amène le fait qu’on cumule des situations très positives avec un oiseau ? Ça amène à la confiance. La confiance, c’est un critère qui est très important dans la pratique du vol libre. Il faut que votre oiseau puisse vous voir comme un repère plutôt que comme une chose sur lequel, des fois, il se dit « Oui, des fois, elle est gentille. Oui, mais des fois, elle est méchante. » Parce que s’il n’a pas 100% confiance en vous, s’il n’y a pas une bonne relation finalement, entre vous, le risque que le jour où votre oiseau va être en difficulté, choisisse de ne pas revenir vers vous, choisisse de se mettre, par exemple, en sécurité en haut d’un arbre, il est beaucoup plus important. Ça ne fera pas tout, bien sûr, mais si vous cultivez une relation positive, en mettant les chances de votre côté, en créant des situations, en faisant des exercices qui vont amener à réaliser avec cet individu du renforcement positif, vous allez cultiver votre relation de confiance et il y a beaucoup plus de chances qu’en situation difficile, votre oiseau choisisse de revenir vers vous plutôt que d’essayer d’aller chercher du réconfort dans son environnement.

C’est aussi un des aspects qui fait que si notre oiseau, par exemple, part en vol de fuite, si vous êtes son repère à l’extérieur, il y a toutes les chances qu’il décide s’il arrive à se gérer… Évidemment, il faut de la résilience par rapport à une peur immédiate. Il faut que la peur puisse baisser rapidement… Qu’il arrive à la gérer, qu’il arrive à rebaisser ses émotions le plus rapidement possible, ça aussi, ça s’apprend. Et c’est aussi d’ailleurs un des aspects qui fait que le vol libre, finalement, c’est pas aussi simple. Ce n’est pas qu’une histoire de rappel, il va falloir aussi apprendre à gérer les émotions, comment faire de la bonne façon. Et on voit aussi que le critère relation, le critère confiance, a une importance parce qu’il va vous permettre, encore une fois, de minimiser les risques. Si on doit faire attention aux émotions de notre oiseau, si on doit faire attention à la relation de notre oiseau, si on doit faire attention à l’environnement qu’on offre à notre oiseau, on se rend compte assez facilement d’ailleurs que le vol libre, ce n’est pas qu’une question d’apprentissage de rappel.

Le vol libre, c’est beaucoup plus systémique, en fait. On va rentrer au cœur de la relation, au cœur de la vie d’un individu et on va, peut-être, si le travail est bien fait, l’amener sur un exercice bonus que sera l’exercice du vol libre. Mais finalement, il y a énormément de points en plus à prendre en compte que tout simplement apprendre le rappel bêtement et méchamment. Pour vous donner un exemple de relation qui se cultive, ça pourrait être tout simplement dans un premier temps, et c’est peut-être un critère fondamental : ne pas punir son oiseau comme on pourrait punir un enfant comme on pourrait punir un chien. Nous, dans notre société, très punitive, dès qu’il y a quelque chose qu’un individu fait mal, on va vouloir pointer du doigt cette chose-là. Et pourtant, je peux vous assurer que l’apprentissage peut avoir lieu autrement. On peut apprendre à quelqu’un à s’améliorer, à faire mieux et on n’est pas obligé de pointer du doigt ses erreurs. Et c’est vrai aussi pour nos oiseaux. On peut tout à fait lui apprendre, cultiver le fait qu’il y arrive, ça va lui donner confiance en lui, ça va lui donner confiance en nous et améliorer par voie de conséquence son envie et sa motivation aussi à travailler avec nous.

Ce sont des aspects que j’évoque dans la formation “les fondations du vol libre” parce que ce sont des aspects qui sont pour moi absolument fondamentaux à maîtriser. Et par où, finalement, démarrer l’apprentissage pour son oiseau ? Comment cultiver cette motivation ? La motivation, en comportement, c’est un aspect qui est très difficile à bien maîtriser. Comment l’amener, finalement, à être le plus fiable possible dans des conditions de vie incontrôlées et incontrôlables, comme peut l’être l’environnement de l’extérieur, tout simplement ?

Dernier mythe que j’aimerais évoquer, c’est le mythe qu’un oiseau qui a été élevé par ses parents ne pourra jamais sortir en vol libre. Déjà, il faut rentrer un petit peu dans les définitions, ici. Un oiseau élevé par les parents, c’est un oiseau qui aura été avec ses parents jusqu’au sevrage, si possible jusqu’au sevrage psychologique (et j’en referai, je pense, un épisode dédié sur ce sujet). C’est souvent mis en confrontation avec un oiseau qui a été élevé à la main, par la main de l’homme à un jeune âge. Ça dépend. On peut prélever un oiseau au nid quand il vient à peine d’éclore, on peut le prélever à ses 15 jours, on peut le prélever un peu plus tard, on peut même le prélever alors qu’il est encore œuf.

En tout cas, l’élevage à la main, c’est simplement pour décrire une technique de sevrage. C’est ni plus ni moins ça. Mais l’oiseau va être en contact avec des humains très tôt, là où un oiseau qui aura été élevé par ses parents ne sera en contact avec des humains qu’à partir du moment où il va sortir du nid, donc quand il va entamer sa phase de sevrage. Souvent, on imagine qu’un oiseau qui a été élevé à la main est nécessairement apprivoisé et on imagine qu’un oiseau qui a été élevé par ses parents est forcément un oiseau qui n’est absolument pas apprivoisé. Du coup, je vais être obligée, pour savoir exactement de quoi on parle, de définir ce que c’est que l’apprivoisement.

L’apprivoisement, c’est le fait de donner confiance à un individu. Si vous vous rappelez ce que je viens de dire sur la relation, finalement, c’est la somme des renforcements positifs qu’il peut y avoir avec son oiseau pendant un certain temps ou au cours de la vie de l’individu. Souvent, ce qui se passe aussi, c’est qu’on voit l’apprivoisement comme s’il y avait une frontière avec le fait qu’un oiseau est apprivoisé ou ne l’est pas, comme si il n’y avait pas d’entre-deux, finalement.

Et pourtant, c’est un peu plus compliqué que ça. Déjà parce que la définition d’apprivoiser change en fonction des gens. Il y a des gens qui vont considérer que tel oiseau est apprivoisé parce qu’il vient se poser sur leur épaule. Et il y en a d’autres qui vont considérer que ça ne suffit pas pour définir un oiseau qui est apprivoisé ou non. Par exemple, je considère mes loris, – ils ont tous été élevés par les parents – comme étant apprivoisés. Mais je suis sûre que si quelqu’un d’autre travaille avec eux, ça ne marchera pas parce que je ne leur ai pas permis encore la généralisation. Ils n’ont pas encore travaillé avec d’autres humains et donc, pour l’instant, ils n’ont confiance qu’en moi. Ils n’ont pas confiance dans “les humains”, ils ont confiance en moi parce que j’ai travaillé avec eux. Et du coup, si quelqu’un essaie de travailler avec eux, le risque, c’est qu’ils ne réalisent pas du tout les comportements qu’ils ont l’habitude de faire avec moi. Par exemple, venir sur la main, c’est un comportement qu’on a travaillé ensemble. Si un autre humain leur demande de venir sur la main, il y a toutes les chances qu’ils ne le fassent absolument pas.

Donc, peut-on dire qu’ils sont apprivoisés ou pas ? C’est une vraie question. Moi, dans ma définition, je considère que oui, mais comme ça reste une étiquette, elle sera propre à chacun. Un autre exemple un peu plus général. Si on a un amazone qui sait venir sur la main, qui sait venir sur toutes les mains humaines, qui adore tous les humains, ça, il n’y a pas de souci, mais qui n’aime pas qu’on lui grattouille la tête, on peut aussi imaginer que s’il y a des enfants qui passent en criant, ça l’effraie et qu’il va crier très fort ou peut-être fuir, partir en fuyant ou s’agiter dans sa cage soudainement, considère-t-on que l’oiseau est apprivoisé ou pas ? On pourrait dire oui et on pourrait aussi dire non. En fait, ça dépend de ce qu’on considère comme étant apprivoisé ou pas. Ici, ma définition d’apprivoisé, c’est un oiseau qui a confiance dans un humain, qui a confiance dans le fait que vis-à-vis de cet humain-là, il ne va rien lui arriver. On ne va jamais le punir. On ne va jamais essayer de lui faire du mal. On ne va pas le poursuivre. Il y a plein de choses qu’on ne va pas faire. Et finalement, les comportements que vous aurez travaillé avec cet oiseau-là vont s’approcher d’une relation qui va grandir petit à petit.

On pourrait imaginer que vous avez un oiseau qui sait faire un step-up, vous avez un oiseau qui a le rappel. Vous pouvez imaginer avoir entraîné le fait que les câlins deviennent agréables pour cet oiseau-là. Mais tout ça, ça se travaille parce que vis-à-vis d’un humain, ce n’est pas forcément acquis, ce n’est pas forcément inné. Pour revenir à la définition entre un oiseau élevé par les parents et un oiseau qui est élevé à la main, on peut avoir les deux. On peut avoir un oiseau élevé à la main qui a été immédiatement remis avec des congénères et qui n’est pas du tout apprivoisé, qui ne sait plus du tout comment se comporter vis-à-vis des humains, ou même pire, un oiseau qui a été élevé à la main, mais qui a été souvent contraint, manipulé contre son gré, attrapé pour être mis en cage de transport, et qui, finalement, va développer de la peur, des craintes vis-à-vis des humains, aussi élevés à la main par les humains qu’il soit.

Et on pourrait aussi, à contrario, tout à fait imaginer un oiseau qui a été élevé par ses parents, mais qui, à côté de ça, va avoir potentiellement que des événements positifs en contact des humains, uniquement basés sur son consentement, uniquement basés sur la coopération et donc qui sera tout à fait apprivoisé également. Donc, ce n’est vraiment pas une histoire d’oiseau qui est élevé par les parents ou d’oiseau qui est élevé à la main. C’est vraiment une histoire d’apprivoisement et de ce qu’on considère, nous, avec notre étiquette, comme étant apprivoisé. Dans le cadre du vol libre, tout dépend jusqu’où on doit aller dans l’apprivoisement pour amener à pratiquer cette activité de façon la plus sécurisante possible. Comme je disais tout à l’heure dans la relation, il faut absolument que notre oiseau ait confiance en nous, qu’il ait confiance, qu’il puisse s’appuyer sur des choses avec nous, à nos côtés, qu’il connaît déjà et qu’il puisse s’y raccrocher en cas de difficulté.

 

Je m’arrête ici pour cette fois même si il y a encore tellement de choses à dire. C’était très difficile de choisir des sujets précis sur lesquels parler et en plus, j’ai tendance à digresser.

Si vous voulez avoir plus d’informations sur ce sujet qui est passionnant, j’ai créé une Masterclass complète sur le sujet et qui est gratuite, qui aura lieu dimanche 24 septembre à 14h00 en live. N’oubliez pas, je vous mets le lien en bas de page. C’est maintenant pour s’inscrire et pour sécuriser votre place.

Si vous avez des questions ou des remarques sur l’épisode du jour, n’hésitez pas à commenter. D’ailleurs, dans la section commentaires aussi, vous pouvez tout à fait suggérer un prochain sujet qui vous tient à cœur.

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Les fondations du vol libre

Une pratique merveilleuse et enrichissante pour nos compagnons ailés, mais également à haut risques dont il faut bien mesurer tous les enjeux avant toute pratique.

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Marion Nicolas

Comportementaliste animale passionnée, je vous aide à établir un véritable connexion et installer une relation saine et sereine avec votre animal.

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